Les oeuvres d'art en ville

Les oeuvres d'art en ville

Les œuvres d’art de la ville : les connaissez-vous ?

Depuis les années 1950, la Ville de La Courneuve commande régulièrement des œuvres d’art à des artistes vivants, en particulier pour les installer dans les bâtiments municipaux ou sur l’espace public. De nombreuses œuvres monumentales sont ainsi présentes dans les différents quartiers de la ville et sont pleinement intégrées dans le cadre de vie des habitants.

Ces œuvres ne s’inscrivent pas toujours dans les courants les plus médiatisés de l’histoire de l’art : néanmoins, elles sont représentatives d’une autre histoire : histoire des territoires de la petite couronne, de leur attachement à la culture comme outil d’émancipation, de leur transformation urbaine constante, témoignages aussi de l’histoire ouvrière. Leur présence continue malgré les remaniements architecturaux au fil des décennies crée des souvenirs partagés entre les générations de courneuviens.

A travers ces créations, différentes thématiques artistiques sont abordées : la représentation du corps et de la figure humaine, les différents temps de l’histoire, individuelle ou collective, la question du lien avec le site architectural choisi, des échelles de grandeur, les problématiques de la couleur, de la figuration ou de l’abstraction, l’utilisation des éléments naturels…. Leur présence continue au fil des décennies malgré les remaniements urbains crée des souvenirs partagés entre les générations de courneuviens.

L'Orchestre, la République, le Bal, la Promenade, 1956 de Jean Amblard (1911-1989)

Ces grandes peintures couvrent les quatre murs de la pièce et entourent les mariés et le public. Le sujet choisi est celui de la fête populaire, plus précisément du 14 juillet et de la rencontre amoureuse.

Le peintre s'est inspiré de photographies contemporaines d'un bal populaire à la Courneuve. Il représente ainsi l'orchestre et les danseurs de façon réaliste jusqu'aux détails des costumes : un couple court main dans la main dans les bois, face au bal où trois couples dansent sur une estrade ; derrière le public un orchestre populaire accompagne la danse en musique, et en face, au-dessus des mariés et de l'officier d'état civil, Marianne domine l'assemblée. Portant une robe blanche et un bonnet phrygien, Marianne, dont les traits sont ceux de la femme du peintre, est une très jeune femme, entourée de trois enfants qui symbolisent les valeurs républicaines : Liberté, Égalité, Fraternité. Les couleurs du drapeau bleu blanc rouge se retrouvent sur les guirlandes qui surplombent les scènes et sur le bouquet de fleurs de Marianne. Cette évocation de la Fête nationale célèbre la République et la Libération, ainsi que la jeunesse et l'amour. Influencé par les muralistes révolutionnaires mexicains des années 1930, Jean Amblard réalise ici une œuvre engagée et optimiste, dans l'approche sociale et populaire qui caractérise son travail. On y retrouve également l’importance d’une nature luxuriante, et le goût d’un dessin très lisible.

Peintures murales, huile sur toile, salle des mariages de l'hôtel de ville de La Courneuve. Photo : Léa Desjours

salle des mariages

Mur d'eau, 1989 de Marta Pan (1923-2008)

Le Mur d'Eau de Marta Pan est accolé à un ancien château d'eau reconverti en immeuble d'habitation. Ce château d'eau avait été construit en 1899 pour alimenter en eau potable les quartiers résidentiels ouvriers nouvellement construits et pour servir de réservoir aux pompiers appelés pour éteindre les incendies des usines à proximité. A la fin des années 1980, le quartier connaît une grande opération d'urbanisme menée par la ville : démolition de la barre Debussy, réhabilitation de la barre Balzac, construction du quartier de l'Orme Seul. Dans ce contexte, une fontaine est commandée à Marta Pan.

Les sculptures de Marta Pan sont toujours conçues dans un dialogue avec leur environnement. L'eau joue un rôle majeur dans son œuvre. Ruisselant sur une falaise de granit inclinée qui suit le mur du château d'eau, elle apporte ici du mouvement et un bruit auquel est sensible l’artiste, passionnée de musique concrète. La mobilité et la fluidité de l'eau, les jeux de lumière du soleil sur la pierre contrastent avec la masse pesante du mur-fontaine en granit. L'eau rebondit sur la pierre, coule différemment selon la manière dont l'artiste a sculpté la surface du granit, lisse et polie ou striée et rugueuse. Grâce à l'eau, l'artiste parvient à rendre le mouvement dans l'espace alors que la sculpture est pourtant lourde et statique. Ce Mur d'Eau ne sollicite pas uniquement la vue du spectateur, le passant peut aussi écouter la fontaine et toucher la pierre et l'eau.

Avec une grande simplicité de moyens, Marta Pan réalise une œuvre abstraite suscitant l’imaginaire, rendant hommage à un espace urbain en constante évolution.

Sculpture en aluminium martelé, 8 m de long sur 1,3 m de haut. Fontaine sur plan incliné en granit du Tarn. 4m de haut sur 12m de long. Place du Château d'Eau, La Courneuve. Photo : Thierry Ardouin.

Mur d'eau

Les Nageurs, 1973 de Françoise Salmon (née en 1919)

Cette sculpture, destinée à la façade du centre sportif, représente trois nageurs, silhouettes esquissées et élancées. L'œuvre est réalisée en plaques d'aluminium martelées et polies et renvoie la lumière, comme le font les corps dans l'eau d'une piscine. Habituée à des représentations plus statiques, Françoise Salmon cherche ici à transcrire le mouvement en le décomposant en trois étapes et simplifie pour cela les corps de ses nageurs, dont les silhouettes élancées, en métal brillant, traduisent une idée de vitesse. Le sujet de cette œuvre peut aussi être rapproché de la série des Plongeurs, peintures réalisées par Fernand Léger dans les années 1940, qui s'intéressait déjà au mouvement de la forme humaine dans l'espace et a influencé toute une génération d'artistes dans l'après-guerre. Au contraire, Françoise Salmon, artiste très engagée, nous décrit trois nageurs côte à côte, dans la même direction, montrant son vœu d'une société plus égalitaire et fraternelle.

Cette œuvre s'inscrit dans le travail d’une artiste, profondément marquée par la seconde guerre mondiale durant laquelle elle a été déportée, et a perdu plusieurs membres de sa famille. Elle se réfère à une tradition de la sculpture figurative qui met l'humain au centre de son univers.

Fonctionnant comme une enseigne, la sculpture est accrochée sur le fronton de la piscine, nous indiquant clairement la fonction du lieu, dans une logique assez traditionnelle des œuvres d'art.

Sculpture en aluminium martelé, 8 m de long sur 1,3 m de haut. Façade du centre sportif Béatrice Hess, La Courneuve. Photo : Thierry Ardouin.

Les nageurs

Danseuse, 1977 de René Collamarini (1904-1983)

Cette grande sculpture a été commandée à René Collamarini pour prendre place sur la façade du centre culturel, construit en 1964 et inauguré en 1977. Réalisée en matière synthétique, avec un aspect proche du bois, cette sculpture représente une danseuse aux lignes stylisées, dont le mouvement est indiqué par la position du corps, traditionnelle dans la sculpture depuis l'Antiquité : elle est appuyée sur une jambe, l'autre restant libre, et les axes du bassin et des épaules ne sont pas parallèles. Elle porte un masque, symbole traditionnel du théâtre. En observant la silhouette, on découvre les symboles du jeu de cartes : le carreau et le trèfle à ses pieds et le cœur et le pique dessinés dans l'espace créé par la jambe et le bras de la danseuse. Avec cette œuvre et son iconographie simple à déchiffrer, Collamarini s'inscrit dans la tradition de la sculpture qui indique la fonction d'un bâtiment. On peut aussi rappeler le lien entre Collamarini et le monde du théâtre, par son épouse, Mona Dol, actrice du TNP (Théâtre National Populaire) de Jean Vilar et par les décors, masques et marionnettes que le sculpteur réalise pendant l'occupation.

Si l'artiste revendique la tradition de la sculpture en taille directe, le choix d'un matériau synthétique permet une grande souplesse dans la forme de la sculpture et une meilleure résistance aux intempéries. René Collamarini a beaucoup travaillé sur la question de la sculpture urbaine, souvent en collaboration avec des architectes, comme à Amiens ou à Abbeville.

Toujours figurative, sa sculpture évolue vers une stylisation des lignes et des volumes à la limite de l'abstraction et le rapproche de l'art de Constantin Brancusi. Surtout connu pour ses œuvres intégrées aux bâtiments ou à l'espace urbain, Collamarini a également sculpté de nombreux bustes et médailles de personnalités.

Sculpture, mousse de polyuréthane, 6 x 2,6 m. Photo : Thierry Ardouin.

danseuses

Les Chèvres, 1963 de Joseph Constant (1892-1969)

Lorsqu'en 1963, la ville de La Courneuve commande cette œuvre, le quartier vient d'être construit de grands immeubles, les « 4000 ». La ville souhaite y installer une sculpture pour "donner un aspect accueillant et agréable à ce quartier de La Courneuve en cours d'urbanisation" et humaniser "un site urbain impressionnant". Il est prévu qu'elle soit installée dans un triangle de verdure au pied des immeubles et entourée d'un jardin. Aujourd'hui, le quartier a été profondément remanié et le jardin est devenu une place pavée, mais la statue a traversé les décennies.

Ces chèvres plus grandes que nature s'élèvent vers les immeubles comme si elles grimpaient une colline. On peine à distinguer chacune des sept chèvres qui composent ce groupe, les sabots de l'une se mêlent aux cornes de l'autre dans un mouvement tourbillonnant, et pourtant, chacune d'entre elles est individualisée, chacune a une attitude singulière. Le sculpteur explique qu'il a réalisé son modèle en sculptant une souche d'arbre en taille directe, ce qui est à l'origine de la forme définitive de l'œuvre. Même s'il s'agit de la seule œuvre monumentale de l'artiste, elle est par son principe et son thème caractéristique de son travail. En effet, depuis la seconde guerre mondiale guerre, il se consacre pleinement à la sculpture animalière, utilisant des matériaux variés : pierre, bois, bronze ou céramique. Son style tend à l'épure, allant vers une simplification des formes qui révèle pourtant l'expressivité de l'animal, familier ou sauvage, dans une filiation avec le travail de Pompon.

Sculpture en bronze, 2,15 m de haut. Place Miriam Makeba, La Courneuve. Photo : Thierry Ardouin.

Les chèvres

La Résistance, 1987 de Shelomo Selinger (né en 1928)

Sur sa face principale, un résistant porte Marianne, dans ses bras. Au centre, un homme et une femme tiennent une épée et l'homme souffle dans une trompette pour appeler chacun à résister. Au pied du monument, une figure féminine renversée symbolise les victimes.

Au dos de l'œuvre, un homme, le poing dressé en signe de révolte, et une femme sont de nouveau représentés. Les personnages suivent la forme de la pierre, et se dessinent dans l’épaisseur du granit

Sur les côtés du bloc central, deux blocs en forme de V symbolisent la victoire contre la barbarie, l'un porte la dédicace "à la Résistance" et l'autre, en lettres gravées, la dernière strophe d'un poème d'Aragon extrait du Roman Inachevé.

Pour réaliser cette œuvre monumentale, Selinger sculpte un bloc de granit de 40 tonnes en taille directe, sans outil électrique, dans une confrontation de l'homme à la matière. Il vit la création de cette sculpture, durant deux ans, comme une période de ressourcement dans sa vie. Le granit, qui renvoie superbement la lumière et que Selinger apprécie pour "sa dureté, sa difficulté et sa durée qui contrastent avec la fragilité de l'homme" est aussi la pierre des menhirs et des sculptures de l'Égypte ancienne, un matériau qui défie le passage du temps et qui transmettra le souvenir de la Seconde Guerre mondiale et de la Résistance.

L'œuvre de Selinger a deux visages, entre la vie et la mort. D'une part elle célèbre la dignité, le désir et la beauté et de l'autre témoigne de la violence, de la souffrance et de la guerre. Il a survécu à une adolescence en camp de concentration, durant la seconde guerre mondiale, expérience dont il est revenu totalement amnésique, comme pour se protéger. En 1946, il part clandestinement en bateau pour la Palestine avec d'autres jeunes survivants et découvre la terre, la vie et la lumière du soleil. Au bout de 7 ans, il commence à sculpter et à retrouver la mémoire. S’installant à Paris, il devient l'élève de Joseph Constant, fréquente les musées et les ateliers de Giacometti et de Brancusi. Il adopte finalement le granit pour sa texture, sa façon de renvoyer la lumière et sa dureté. Il sculpte également le bois ou le bronze dans des œuvres plus petites.

Sculpture en granit. Place du 8 mai 1945, La Courneuve. Photo : Thierry Ardouin.

Résistance

Maternité, 1967 de Françoise Salmon (née en 1919-2014)

Cette sculpture en bronze d'une mère et de son enfant nouveau-né a été commandée en 1967 pour le jardin de la crèche PMI, avenue Jean Jaurès.

Assise, les jambes croisées, la mère tient son enfant qui tète au creux de son bras, l'autre bras reposant sur sa jambe. Les deux personnages s'inscrivent dans un triangle, refermé sur la tendresse de leur intimité. Le regard de la mère se porte pourtant vers l'extérieur comme pour prendre le spectateur à témoin de la naissance de l'enfant. Le nouveau-né, lui, semble se contenter de sa mère dans une fusion que l'artiste rend avec sensualité. Le traitement du corps rond et lisse de la mère rappelle les femmes sculptées par Aristide Maillol tandis que celui de l'enfant, encore plus épuré, rappelle les volumes simplifiés à l'extrême de Constantin Brancusi.

L'absence de socle donne l'impression que la mère est assise sur l'herbe, au milieu du jardin, à la hauteur des enfants qui peuvent s'en approcher. Cette sculpture remplit ainsi parfaitement le rôle qu'avait souhaité lui donner l'artiste, celui d'une œuvre d'art tendre et familière, d'un art accessible à tous.

Déportée dans les camps à l'âge de 24 ans, Françoise Salmon y a perdu sa mère et sa sœur et n'a pas eu d'enfant. L'œuvre de Françoise Salmon a ainsi deux facettes : les sculptures commémoratives de la déportation qui expriment l'horreur des camps par des corps décharnés et des sculptures sereines et sensibles. Évoquant cette œuvre dans un entretien, l’artiste dit : "la sculpture doit représenter tout ce qui concerne l'homme et ses sentiments ».

Sculpture en bronze. Jardin de la crèche - PMI, avenue Jean Jaurès, La Courneuve. Photo : Léa Desjours.

Maternité

La Conquête du bonheur, 1967 de Blasco Mentor (1919-2003)

En 1965, la Ville de La Courneuve commande une décoration de la salle de spectacle de la Maison du peuple Guy Môquet. Le peintre choisit de couvrir les murs de peintures, sur 400m2, une œuvre spectaculaire qui lui vaut la mention spéciale du Jury de la Critique. Le sujet choisi, sous le titre La Conquête du bonheur, montre l'Humanité accédant au progrès et à la culture grâce à la solidarité. Sans être explicitement politique, ce sujet rejoint les idées utopistes du projet de société mis en avant par le PCF dès les années 1930.

Cette œuvre monumentale prend comme sujet : "la marche de l'homme vers le progrès et le bonheur". Pour le spectateur qui entre dans la salle, la peinture se lit de droite à gauche, sur son plus grand mur. Dans cette narration commençant à l’aube de l’Histoire, on voit les hommes, nus, s'entraider pour sortir de leur caverne en poussant un bloc de pierre, maîtriser le feu et le cheval. L'humanité accède alors à la civilisation, représentée comme une grande fête où règnent le partage et la solidarité. De nombreux détails symbolisent ce progrès : le pain, le blé et les fruits pour l'agriculture, l'agneau et la chèvre pour l'élevage, la domestication du cheval, la famille, les outils, les costumes et la musique. Les couleurs se font de plus en plus vives. La civilisation heureuse ici décrite est celle de la Méditerranée, représentée hors du temps. Le rideau de scène présente une scène de bal plus contemporaine, proche des fêtes populaires : les couples dansent sous des guirlandes de fanions tricolores. Les portes-fenêtres sont décorées de natures mortes : fruits, gibier, pêche et fleurs, évoquent les fresques des palais de la Renaissance italienne. Au plafond, encadrés d'éléments géométriques abstraits, hommes et femmes se tiennent la main dans une ronde, en apesanteur dans le ciel. Mentor explique avoir voulu symboliser la conquête de l'espace, grand rêve de cette époque.

Peinture murale. Salle Mentor, Maison du Peuple Guy Môquet, La Courneuve. Photo : Thierry Ardouin.

Blasco Mentor

Zoïa, 1964 de Georges Salendre (1890-1985)

Ce buste est un portrait commémoratif de l'héroïne soviétique Zoïa. Sculpté en pierre jaune, il montre la tête d'une très jeune femme, les cheveux coupés courts, le visage aux traits fins, les yeux fermés. Mais la torsion du cou et la corde qui l'enserre nous révèlent l'histoire tragique de son modèle. Zoïa Anatolievna Kosmodemianskaïa, était une résistante soviétique de 18 ans, torturée et pendue par les nazis, érigée au rang de martyr de la lutte contre le fascisme par l'URSS.

Communiste, cette lycéenne participe à des actions de sabotage quand les nazis envahissent l'URSS, en 1941. Elle est capturée mais ne parle pas sous la torture. Exécutée, ses derniers mots auraient été "vous ne pourrez pas pendre 190 millions des nôtres". En janvier 1942, la Pravda publie un article sur elle et dès février, elle devient la première femme décorée Héros de l'Union Soviétique à titre posthume. De nos jours, il semble encore difficile de faire le tri entre le personnage historique et sa légende : un film, des écoles, une planète, des statues, un livre… lui rendent hommage. Le modèle de cette sculpture provient certainement d'une photo prise par un soldat allemand lors de son exécution.

Comme dans ses autres œuvres, l'artiste recherche l'épure et la simplicité des formes mais la torsion du cou donne un mouvement que n'ont pas ces autres sculptures plus figées, en particulier dans les monuments commémoratifs. Revendiquant l'héritage de Rodin et de Maillol, il recherche la simplicité des formes mais demeure dans les limites de la figuration. Ce buste de Zoïa montre l'habileté d'un sculpteur célébré pour ses figures féminines et l'engagement politique d'un artiste qui proclame : "Quand l'humain disparait, la sculpture n'existe pas".

Buste en pierre jaune du Jura. Maison du peuple Guy Môquet, La Courneuve. Photo : Thierry Ardouin.

Zoïa

L'Arbre de science, Hommage à Paul Langevin, 1965 de René Collamarini (1904-1983)

Cette sculpture est constituée par un arbre stylisé en forme de médaillon, sur lequel on observe quatre personnages dans des attitudes variées, et qui tiennent un objet. Chacun d'entre eux illustre un aspect pour lequel Paul Langevin est reconnu : les aimants figurent le magnétisme, thème principal des recherches de Langevin ; le livre : l'enseignement ; des petites boules en grappe : la recherche sur l'atome ; une cornue : la chimie. L'artiste a ici recours a un procédé usuel – utiliser des objets pour permettre d'identifier un personnage, ce qu'on appelle des attributs ; mais ici, le portrait ne laisse pas de place au physique du savant, et se concentre sur ses travaux.

Paul Langevin (1872-1946) est un physicien français. Il est arrêté par la Gestapo en 1940 pour son engagement pacifiste et humaniste. Il participe au comité de la Libération de Paris, devient président de la Ligue des droits de l'homme et est alors chargé du projet de réforme de l'enseignement. Il fut également adhérent du Parti Communiste

La sculpture est réalisée dans un bois sombre, exotique et précieux, l'acajou, par la technique de la taille directe qui contraint le sculpteur à adapter la forme à celle de la pièce de bois. Son titre, L'Arbre de la science, fait référence dans la Bible à l'arbre de la connaissance du bien et du mal qui amène Adam et Ève à la Chute ; s'il sert ici de décor au sculpteur, il peut être interprété comme une victoire de la science contre l'obscurantisme.

Conçue pour installée sur le groupe scolaire Langevin-Wallon, cette œuvre a été commandée grâce à un reliquat de la commande passée à l'artiste Roland Brice, auteur de la sculpture Les Jouets dans le cadre du 1% culturel.

Sculpture, bois d'acajou. Hall de l'hôtel de ville, La Courneuve. Photo : Léa Desjours.

Arbre des sciences

Badaboum, 2018 de Vincent Ganivet

Cette sculpture est constituée de différents blocs aux couleurs chatoyantes : sept blocs sont superposés sur le toit de l'école, sept autres sont répartis sur le parvis. Pour cette œuvre conçue pour l'école, l'artiste s'est inspiré de sa propre enfance, et d'un jeu d'équilibre qu'il affectionnait.

Cette transposition s'opère tout d'abord par un changement d'échelle. Les blocs, ici, ne sont pas manipulables, et comme dans Alice au pays des merveilles, nous sommes devenus trop petits. De la connaissance du jeu, nous pouvons déduire que l'installation se situe du moment précis où les blocs viennent de tomber, et se sont éparpillés ; ainsi, l'artiste introduit une dimension temporelle, un récit, et du mouvement. Ce sont des problématiques classiques et essentielles de l'histoire de l'art. Néanmoins, le choix d'une œuvre explosée est inhabituel chez Vincent Ganivet ; en effet, son travail consiste à effectuer des sculptures dont les lignes de force convergent, en se situant à la limite du point de rupture. Le cœur de son sujet touche à un des ressorts essentiels de la composition en sculpture.

Enfin, la thématique de cette œuvre rappelle les trompe-l’œil architecturaux de la fin du 16e siècle, où les lignes de fuite des bâtiments donnent au visiteur l'illusion que tout s'effondre.

Le choix de la couleur est également rare dans le travail de Vincent Ganivet ; les matériaux qu'il emploie sont habituellement laissés brut. Ici, il s'est adapté au contexte de transformation du quartier où la couleur joue un rôle majeur, pour l'école Angela Davis, comme pour la place du marché. Dès lors, le mât sur le toit fonctionne comme un signal urbain.

Béton, polystyrène, résine, peinture, métal. 1 % artistique école Angela Davis. Photo : Thierry Ardouin.

badaboum

Iron Maiden, 2018 de Morgane Tshiember

Il s'agit d'une sculpture horizontale, composée de trois feuillets métalliques colorés et partiellement enroulés sur eux-même, dans une légère torsion : elle évoque un tube se dépliant, trois feuilles se déroulant et se détachant et donne ainsi une impression de légèreté et de mouvement.

Œuvre non figurative et minimaliste, son propos est d'interroger directement les grands principes de l'histoire de l'art : la forme, la couleur, la lumière, le temps et le mouvement. Pour ce dernier elle représente trois moments de déploiement de la feuille de métal ; elle donne ainsi une impression d'immédiateté, comme si le temps était suspendu et le mouvement figé. C'est une œuvre également très graphique : les lignes, les contours sont dessinés avec une grande netteté.

L'artiste utilise la couleur loin de toute iconographie, de tout récit. La couleur serait flottante si le métal n'était laissé apparent sur les tranches, pour témoigner de sa matérialité. Les trois couleurs utilisées (bleu, rouge, jaune), une conception très graphique, une épure des formes : on retrouve le vocabulaire du classicisme, style artistique qui apparaît au 17ème siècle (Poussin).

Cette œuvre appartient à une série d'une dizaine de sculptures monumentales intitulées Iron maiden. Installées parfois sur un mur, elles forment une peau qu'on épluche pour créer une fenêtre. Ce travail est caractéristique de l'artiste par sa manière de créer des sculptures sobres, jouant sur des qualités antinomiques et les paradoxes sensoriels, et se situant sur le point de jonction entre peinture et sculpture.

Longueur 290 cm – hauteur 139,6 cm x largeur 147,3 cm 4. Acier/ peinture époxy satinée. Photo : Léa Desjours.

Iron Maiden

Oeuvre sans titre, de Roland Brice (1911-1989) et Claude Brice

Place du Pommier de Bois est installé un grand mur multicolore, aux couleurs éclatantes ; à travers le vitrail, les couleurs jouent avec la course du soleil et se réfléchissent sur le socle blanc. Il s'agit d'une œuvre commandée par la Ville en 1973 à Roland Brice, connu pour avoir été le céramiste du peintre Fernand Léger, et qui a également développé son propre travail.

Elle est composée de 28 blocs de céramique, cuits et émaillés de manière artisanale par l'artiste et son fils Claude. Certains détails portent les traces de cette fabrication : coulures, mais également décalage dans les raccords entre les blocs. Pour l'artiste, ce sont ces striures, brillances, reflets et cassures de la matière qui donnent à l'oeuvre toute sa vitalité. On y retrouve de nombreux principes de travail de l'artiste : la monumentalité, l'intégration à la ville et à l'architecture, l'éclat des couleurs, le dynamisme des motifs abstraits et les courbes : ce mur se pense comme une percée lumineuse dans le gris de la ville.

Dans ses œuvres, Roland Brice dépasse l'opposition abstraction / figuration par ce qui a été appelé un « réalisme de sensation » ; en effet, les formes sont simplifiées, et valent plus par leur force évocatrice que par leur lecture littérale.

Fernand Léger incitait au dialogue entre les peintres, les sculpteurs et les architectes. Tous deux souhaitaient sortir de la peinture de chevalet, libérer la couleur, faire vivre les contrastes, créer du mouvement. Tous deux partageaient également un idéal d'art populaire et urbain, humaniste et vivant.

Céramique et verre polychromes, 1973 – 2014. Place du Pommier de Bois. Photo : Thierry Ardouin.

Roland Brice

Le Halo de Mecano, 2015 de Véronique Joumard

Cette installation a été commandée lors de la réhabilitation de l’ancienne usine Mécano : le bâtiment accueille aujourd'hui le centre administratif et la médiathèque Aimé Césaire ; devant l'entrée historique, un nouvel espace public a été créé ; c'est le site qu'à choisi Véronique Joumard. Son œuvre est constituée par une éolienne aux pâles dorées située sur le parvis, et du traitement doré et lumineux des deux frontons.

En effet, l’artiste a remarqué que les lettres de l'un d'entre eux étaient encore en place, alors que les autres avaient disparues. Elle a choisi de mettre en évidence ce hasard, comme métaphore du temps qui passe et de l'histoire ; l'or rend hommage aux ouvriers qui ont travaillé sur ce site. L'éolienne doit alimenter les luminaires des frontons, l'éclairage se modulant en fonction de la force du vent. Ainsi, il s'agit d'une réflexion sensible et poétique sur le temps qui passe et sur la mémoire ouvrière.

La force de cette œuvre, pensée pour le site, est qu’elle n’aurait pu être imaginée ailleurs. L’intervention de l’artiste se veut discrète. Elle mobilise les éléments naturels, dont un rare, qui est le souffle du vent, par nature aussi invisible et insaisissable que le temps qui passe.

Cette œuvre témoigne aussi de la capacité des œuvres d’art contemporain à mobiliser les matériaux de notre époque, sans s'enfermer dans des supports prédéterminés, comme la pierre, la peinture. Elle nous rappelle que la singularité de la position de l'artiste est dans sa capacité à enrichir notre regard sur le monde qui nous entoure.

Eolienne aux pâles dorées, dorure des frontons, Mail de l'Egalité. Photo : Thierry Ardouin.

Halo de Mécano

Rampe d'escalier, 1967 de Raymond Subes (1893-1970)

Pour l'escalier hélicoïdal qui se trouve au centre du bâtiment, une rampe en acier inoxydable a été conçue par Raymond Subes. Elle apporte un élément décoratif qui contraste avec les lignes droites d'une architecture sobre et fonctionnelle.

Les lignes sont fines et élégantes. Dans la lignée du Bauhaus, Raymond Subes recherche la simplicité et dessine des barreaux rapprochés, recourbés vers l'extérieur, en volutes, qui renforcent la ligne dynamique de l'escalier.

Dès le début des années 1920, Raymond Subes se fait remarquer par son approche novatrice de l'art du métal, il cherche à le moderniser et se sert des nouvelles possibilités de l'industrie métallurgique et de ses matériaux. L'acier inoxydable, qu'il a été un des premiers à employer en ferronnerie d'art, perd ici son caractère industriel. Loin d'être une réalisation standardisée, cette rampe aux courbes galbées a demandé un an de travail au ferronnier.

Le style Art Déco, en vogue à cette époque, utilise beaucoup l'art du métal et Raymond Subes réalise de nombreux projets, répondant notamment à des commandes de l’État, comme les rampes du paquebot Le Normandie (1935)

Raymond Subes est une figure majeure d'un artiste-artisan entre tradition et innovation qui allie une très grande maîtrise technique à ce que l'on nomme désormais le design.

Le choix de cette commande passée par la ville à Raymond Subes est aussi une façon de rendre hommage aux travailleurs ouvriers de La Courneuve. A la fin des années 1960, l'industrie de la métallurgie est le principal employeur de la population. Cette rampe d'escalier est donc aussi une manière de rapprocher l'industrie et l'art.

Acier inoxydable. Maison du peuple et de la jeunesse Guy Môquet, La Courneuve. Photo : Thierry Ardouin.

escalier de Subes

Les Délégués, 1948 de Boris Taslitzky (1911-2005)

Cette peinture a été réalisée à partir de dessins commandés à l'artiste en 1946, dans le cadre d'une enquête sur la vie ouvrière à Denain, dans le Nord, où il a été missionné avec Jean Amblard (qui a peint la salle des mariages).

Il s'agit d'ouvriers de l'usine de sidérurgie de Denain Anzin, qu'il avait dessinés devant leur machine. Pour ce tableau, il a réduit ce groupe à quatre personnes pour en faire un portrait de délégués syndicaux.

Les quatre hommes sont peints ici debout avec leurs outils et leur tenue de travail, devant des machines dont on perçoit le gigantisme. La composition très sobre et structurée par des axes de symétrie, la palette chromatique réduite aux couleurs primaires, le centre lumineux sur un arrière-plan sombre, le réalisme des visages montrent que l'artiste revendique sa filiation aux grands principes de l'histoire de la peinture, qu'il a beaucoup étudiée au Louvre, alors même que le 20ème siècle voit se développer des recherches plus abstraites.

Le sujet marque également l'engagement politique du peintre, membre du parti communiste depuis 1935 et ancien déporté, pour une peinture qui s'inscrit dans une période de recomposition économique, sociale et politique de l'immédiat après-guerre, mais également de grèves intenses.

D'autres oeuvres de Boris Taslitzky sont présentes à La Courneuve, en particulier une série de dessins de La Courneuve (1968) ; il a également aidé Jean Amblard à la réalisation des Merveilles de la mer (1961) à l'école Anatole France.

Huile sur toile, ca 208 x 300 cm. Hall de l'hôtel de ville. Photo : Léa Desjours.

Les Délégués