Sharon Merlin, secouriste - « J’ai toujours bien aimé aider les autres »

Sharon Merlin, secouriste - « J’ai toujours bien aimé aider les autres »

Sharon Merlin

Sport, bénévolat, dessin, travail…  à tout juste 20 ans, la Courneuvienne Sharon Merlin arrive à se démultiplier en suivant toujours un seul cap : celui de la justice et de l’entraide.

Elle porte des vêtements siglés Fédération française de sauvetage et de secourisme (FFSS) et une détermination à la fois douce et sans faille. Après l’entretien, elle se rendra bénévolement pour la troisième soirée consécutive au gymnase Jean-Guimier afin de donner de la nourriture, des vêtements et de l’attention aux personnes sans-abri accueillies jusqu’au matin dans le cadre du plan Grand Froid. Un programme digne d’un marathon, après une journée de travail debout à effectuer des tests antigéniques auprès de collégien-ne-s et de lycéen-ne-s volontaires pour l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France. « Je suis assez fatiguée, avoue-t-elle. Mes parents sont fiers de moi, mais ils voudraient que je dorme un peu ! J’ai toujours bien aimé aider les autres, j’allais acheter des baguettes pour les petites mamies de mon quartier. »

Son quartier, c’est le Vieux-Barbusse où elle vit avec ses parents et ses frères et sœur, et où les valeurs d’entraide et de solidarité font son quotidien depuis l’enfance. « On se retrouve entre voisins sur la pelouse et on prend des nouvelles, on se rend service les uns les autres », raconte-t-elle. Aînée de sa fratrie, Sharon Merlin s’occupe volontiers de ses plus jeunes frères, qu’elle emmène à la piscine ou au parc Georges-Valbon pour jouer avec eux. L’école n’a pas été son truc. « J’aimais bien assister aux cours, mais pas faire les devoirs chez moi. La maison, c’est fait pour se reposer et décompresser ! » confie-t-elle en souriant. Sauf qu’elle n’est vraiment pas du genre à se reposer : elle peut passer des heures, des nuits, à dessiner au marqueur peinture Posca « des personnages qui sortent de l’ordinaire », souvent inspirés de héros de comics ou de sa série animée fétiche, Rick et Morty. Elle dessine pour elle et pour les autres, pour faire plaisir ou pour répondre à une commande. 

« On peut être touché par certaines histoires, mais j’essaie de garder une distance pour ne pas craquer. »

Mal orientée, elle n’obtient pas son bac Sciences et technologies du management et de la gestion (STMG), mais elle ne renonce pas pour autant à décrocher des diplômes. « Je voulais travailler et gagner de l’argent. » En 2019, après avoir accompagné un oncle à sa formation de surveillant de baignade à Béatrice-Hess, elle décide de se tourner vers ce dispositif d’accompagnement et de soutien financier mis en place par la Ville en partenariat avec la FFSS. Sportive, « très sportive » même, elle a déjà fait de la natation et pendant neuf ans de l’athlétisme, glanant au passage la troisième place à l’épreuve de 4 060 mètres juniors femmes aux championnats de France de cross-country. « Je voulais m’ouvrir plus, avoir plus confiance en moi », explique-t-elle.

Brevet de surveillant de baignade (BSB) et Brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique (BNSSA), Bafa, diplômes de secourisme… Sharon Merlin enchaîne et réussit les formations tour- nées vers les autres avec une énergie qui semble inépuisable. Même chose pour les missions de bénévolat : avant le plan Grand froid, elle a fait de nombreuses gardes Samu et maraudes sociales. « On peut être très touché par certaines histoires, mais j’essaie de garder 
une distance pour ne pas craquer, commente-t-elle. Au gymnase Jean-Guimier, on a vu une maman et sa petite fille qu’on n’avait jamais vues avant, je me suis dit que ce n’était vraiment pas normal. » Heureusement, elle s’est liée d’amitié avec d’autres secouristes bénévoles de la FFSS, comme les chefs d’équipe Camille et Ismaël, et passe de bons moments avec eux. « On s’est bien entendu tout de suite, on a tous un peu la même vision des choses. »

Et après ? Elle compte « devenir gendarme », un métier auquel elle aspire depuis toute petite pour « qu’il y n’ait plus d’injustices ». Comme elle n’a pas le bac, elle explique qu’il « faudra commencer au plus bas de l’échelle, comme gendarme adjoint volontaire ». Gravir des échelons, c’est quelque chose qu’elle saura faire sans problème.

Texte : Olivia Moulin ; photo : Léa Desjours