Violences à l'égard des femmes : brisons le silence !

Violences à l'égard des femmes : brisons le silence !

Violences faites aux femmes

Le 25 novembre a été déclaré Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes par l’Organisation des Nations unies (ONU). Ces brutalités, odieuses, comptent parmi les violations des droits de la personne les plus généralisées au monde : elles touchent une femme sur trois. Pourtant, la violence n’est pas inévitable : à La Courneuve, la prévention, l’éducation, l’écoute, la diffusion de la culture de paix et la promotion du dialogue sont des valeurs encouragées dans les écoles, les maisons de quartier, les politiques publiques. Toute l’année, élu-e-s, militant-e-s associatifs, personnels éducatifs, professionnel-le-s du droit et de la santé sont également mobilisés pour venir en aide aux femmes et aux jeunes filles qui en ont besoin. De l’accueil aux soins en passant par l’aide juridique, l’accompagnement social ou le soutien psychologique, les acteurrice-s du territoire n’ont de cesse de protéger les victimes. Cette année, la parole leur est donnée.

Elles ont accepté de témoigner

Zeyneb

« J’habite La Courneuve depuis neuf mois, j’essaye d’aller de l’avant après une agression qui s’est déroulée place du 8-mai-1945. J’avais mes écouteurs, je rentrais chez moi fatiguée après une journée de travail. Un individu m’a regardée, il voulait entrer en contact avec moi, il m’a suivie, mais je ne voulais pas qu’il connaisse mon domicile. Parce que j’ai dit non, j’ai été giflée, insultée, j’ai subi des attouchements. Nous ne devons pas nous laisser faire. »

Rabia

«Je suis venue en France avec mon fils, né d’un premier mariage, j’ai suivi mon mari via le regroupement familial. Dès notre arrivée, on a subi des violences verbales, des insultes, du chantage. Mon mari ne voulait pas que mon fils vive avec nous, il voulait que je le mette dans un foyer. Je me suis retrouvée du jour au lendemain à la rue avec un mineur. Il a fallu que j’avance, ce n’était pas facile, sans famille, sans connaître le système français. J’ai fait des petits boulots, puis j’ai fini par trouver un travail à l’aéroport Charles-de-Gaulle. »

Khadra

« Être femme et d’origine étrangère, je lie les deux. Je suis née à Grenoble, dans une famille typique de la première vague d’immigration algérienne, assez traditionnelle et religieuse. Toute mon enfance et mon adolescence, j’ai rêvé de m’émanciper du carcan patriarcal. On m’interdisait pas mal de choses. J’ai fait un stage à Marseille dans une association, on m’a très vite appelée « la petite stagiaire qui venait d’Algérie» alors que j’ai passé mon enfance dans les montagnes françaises, pas au milieu du Sahara. Quand j’ai travaillé à la RTM, la Ratp marseillaise, on me demandait de recevoir les clients qui parlaient arabe. »

Tatiana

« Au collège, pendant les temps de récréation, je me cachais dans les couloirs. Un jour, j’ai entendu des garçons de ma classe qui blaguaient; l’un des deux, qui faisait un bon 100 kg, m’a attrapée et tirée derrière les portes battantes de l’étage, son cher compagnon l’a rejoint. Ce n’était pas efficace de ma part de me débattre, à deux contre une quand on fait à peine 38 kg, et ça n’a pas été très compliqué pour eux d’accéder à mon corps. Je ne savais pas encore ce que c’était que d’avoir un amoureux. Mais je savais ce que c’était d’être abusée. »

Sécurité Égalité Sororité

Sorority, c’est le nom de cette toute nouvelle application dédiée aux femmes et aux personnes issues de minorités de genre. Si sa carte interactive permet de lutter contre le harcèlement de rue, elle redore surtout l’image d’un mot oublié : sororité. « Sororité ». Voilà bien un mot qui n’a pas le même élan que «fraternité ». À l’entrée de nos bâtiments publics, il est bien écrit «Liberté, égalité, fraternité». Non pas sororité ni solidarité. «Quand j’ai commencé à mentionner ce mot en septembre 2019, les gens me demandaient constamment la définition», raconte Priscillia Routard Trillard, la créatrice de l’application. Je dirais qu’il a fait son chemin depuis.» Et comment. Aujourd’hui, Sorority est la «première application bienveillante de protection, d’entraide et de partage entre toutes les Femmes et les personnes issues des minorités de genre.» Téléchargée plus de sept mille fois, elle permet, en cas d’agression, de prévenir les cinquante personnes les plus proches de nous et dispose d’une alarme assourdissante pour faire fuir les agresseurs. Mais surtout, elle devrait permettre de rétablir une sororité perdue. «Le but, c’est que tu ne te sentes pas seul », dit l’entrepreneuse. «Savoir que des gens sont là autour de toi et adhèrent à cette idéologie, c’est très fort. C’est pas un énième réseau social, c’est une pure solidarité entre des personnes qui croient en des valeurs communes.» Dans les mois qui suivent, l’application va prendre un grand tournant. En plus de se déployer en Belgique, au Canada, au Maroc et en Algérie, une longue liste de professionnel-le-s de l’accompagnement sera disponible sur la map. Avocat-e-s, médecins, psychologues, associations… toutes les entités aptes à aider les personnes victimes de violences pourront être contactées grâce à un chat en temps réel. Et si tout se passe bien, il sera même possible d’être en demande ou de proposer un lieu sûr en situation d’urgence. «Sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, tu as une communauté dans la poche que tu actives quand tu en as envie», conclut Priscillia.

Plus d'informations ici.

Texte : Cécile Giraud

La Maison des femmes

Maison des femmes
Texte

La structure a été inaugurée en juin 2016, à l’entrée du centre hospitalier Delafontaine, 1, chemin du Moulin Basset à Saint-Denis. Elle accueille toutes les femmes victimes de violences de manière confidentielle et sécurisée. Ses équipes offrent des soins adaptés autour d’une excision, d’un viol, de violences physiques ou psychologiques. L’accueil se fait sans rendez-vous du lundi au vendredi, de 9h à 17h, ou après un appel au 01 42 35 61 28. Elle permet aussi aux femmes maltraitées d’obtenir des aides juridiques et sociales afin de devenir autonomes. Possibilité de déposer plainte sur place. Pour en savoir plus, c'est ici

EN CHIFFRES

Chaque jour en France, des milliers de femmes sont victimes de violences psychologiques, verbales, économiques, administratives, institutionnelles, médicales, physiques ou sexuelles. Quid de la situation en Seine-Saint-Denis et à La Courneuve? Le point, en trois chiffres.

  • + 36% : C’est le pourcentage d’interventions policières en plus depuis le premier confinement du mois du mars sur le département de la Seine-Saint-Denis. Il concerne les violences faites à domicile. Le paradoxe est que le nombre de plaintes ne suit pas cette tendance.
  • + 30%  : C’est le pourcentage de mains courantes déposées au commissariat en plus depuis le premier confinement à La Courneuve.
  • 3 : C’est le nombre de signalements de tentatives de suicide de femmes suivies sur la ville pour des violences conjugales entre avril et juin 2020. En 2019, sur la même période, aucune tentative n’avait été signalée à La Courneuve.
  • À l’échelle nationale, 30 %* des auteurs de féminicides ont déjà été condamnés pour des faits de violence.
  • Le jeudi 12 novembre, 82 femmes** sont mortes tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint.

* Source : noustoutes.org / ** Source : noustoutes.org Le collectif #NousToutes, reconnaissable par son logo violet, alerte les citoyen-ne-s sur ces chiffres. Le 21 novembre, il appelle à une journée de mobilisation en ligne dans tout le pays. Au programme: des lives sur Instagram, des formations et de nombreuses plaquettes d’informations à télécharger gratuitement. À vos écrans !

Texte :  C. G.

Gilles Poux, maire et Yasmina Stokic, adjointe en charge des batailles pour l'égalité femme-homme

La voix de Zeyneb

La voix de Tatiana

La voix de Rabia

La voix de Khadra

Ghada Hatem-Gantzer, gynécologue obstétricienne et directrice de la Maison des femmes à Saint-Denis

Denis Mukwege, gynécologue et Prix Nobel de la Paix 2018