« Sauver ou périr »

« Sauver ou périr »

Reportage pompiers

Les sapeurs-pompiers de La Courneuve (26e Compagnie) se relaient jour et nuit, par gardes de vingt-quatre ou de quarante-huit heures, pour porter secours aux habitant-e-s et combattre le feu. Entre deux opérations, ils enchaînent les séances de sport et les manœuvres, entretiennent la caserne et les véhicules. Regards leur a rendu visite.

7h45. À cette heure matinale, trois engins sont déjà partis. Dans le poste de veille opérationnelle (PVO), au standard, un « stationnaire » est là pour vingt-quatre heures de garde. Il répond au téléphone, déclenche l’alarme, assure le suivi des interventions, appelle la police si besoin est. C’est l’heure du premier rassemblement. L’adjudant David, le chef de centre, rappelle les consignes et les fonctions de chacun. « Aujourd’hui va être une grosse journée, précise-t-il. Depuis le début du mois, l’activité opérationnelle est chargée. »

En effet, à peine quelques minutes plus tard, trois sonneries retentissent. Signal de « l’échelle » – comprendre : un sauvetage. Les hommes interrompent immédiatement ce qu’ils sont en train de faire. En moins de trois minutes, ils sont prêts à partir et savent qu’ils en ont dix pour que le camion soit sur les lieux de l’intervention.

10 heures. Le cinquième et dernier véhicule de la caserne se rend rue Crèvecœur où un incendie a brûlé un entrepôt de tissus et une partie des logements d’une résidence adjacente dans la nuit du samedi 9 au dimanche 10 février (voir Regards n° 533). « Après un incendie, nous repassons toutes les quatre heures avec une caméra thermique pour être certains qu’il n’y a pas de nouveau départ de feu, explique l’adjudant David. Nous pouvons être amenés à le faire durant deux semaines. » En principe, comme dans toutes les casernes de la Brigade, le lundi à cette heure-là, les pompiers de La Courneuve, en tenue de feu, se tiennent au garde-à-vous devant la plaque commémorant les pompiers morts au feu. Un cérémonial où sont lus un à un les noms des disparus. Mais cette journée du 10 février est intense, les camions sortent et reviennent sans arrêt. L’appel des morts au feu se fera en milieu d’après-midi. « En principe, nous consacrons une partie de la matinée au sport – course à pied en extérieur, natation, renforcement musculaire, une autre aux manœuvres », précise le caporal-chef Marving. À partir d’un thème défini – rappel sur la conduite à tenir, feu d’appartement, arrêt cardiaque du nourrisson, victime à l’étage, feu de cage d’escalier, etc. –, les hommes, travaillent les gestes et les automatismes en temps chronométré. La tour d’instruction de quatre étages en bout de cour avec ses faux appartements leur offre un bon cadre d’entraînement. L’une des fenêtres est même bouchée par une plaque de contreplaqué qui tient lieu de vitre et permet de s’entraîner avec l’outil « brise-vitres ».

Après le repas, à 14h15, nouveau rassemblement, nouveau rappel des consignes. Puis chacun se rend dans le service qu’on lui a attribué : l’entretien de la caserne, le service instruction opération, le service administratif où se gèrent les plannings, le service du soutien de l’homme (SSH) qui prend soin des tenues, de la literie, etc.

Rien n’est laissé au hasard

La caserne est totalement autonome. « Nous faisons tout nous-mêmes, préparer les repas, nettoyer la cuisine, le réfectoire, le foyer, les parties communes, les chambres, réparer, poncer, peindre, changer le carrelage, etc. », confirme Kevin, première classe conducteur d’échelle et d’engin pompe. Dans ce quotidien où rien n’est laissé au hasard, où l’anticipation est la règle et la vigilance permanente, le civisme des civils lors des sorties est un atout précieux. « Certains automobilistes entendent la sirène du camion mais ils ne nous laissent pas passer, déplore le caporal-chef Marving. Il s’agit pourtant d’une question de vie ou de mort. » Les appels abusifs sont aussi de véritables fléaux. « C’est une perte de temps qu’on pourrait consacrer à autre chose », ajoute-t-il, citant le cas d’une dame appelant pour un hérisson dont on ne voyait plus la tête !

17 heures. La seconde séance de sport – cardio, musculation – de la journée démarre. Certains choisiront ensuite de réviser pour passer le concours de changement de grade, d’autres de se relaxer au foyer avant le repas du soir. Si l’alarme leur en laisse le loisir.

Texte : Joëlle Cuvilliez : photos : Léa Desjours

Formation continue

Au fort de Villeneuve-Saint-Georges, le futur sapeur-pompier de Paris est formé au secourisme, au sauvetage et à l’extinction des feux. Par la suite, tout au long de sa carrière, il peut passer le permis poids lourds, demander à monter en grade, ce qui nécessite de passer des concours et de suivre des stages au centre de formation des cadres. Après six à huit années de services, certains pompiers de Paris choisissent de rejoindre des unités spécialisées comme les unités cynotechnique (qui travaille avec les chiens), de plongée, NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) ou le groupe d’intervention en milieu périlleux.