Rentrée scolaire : le point de vue lycéen

Rentrée scolaire : le point de vue lycéen

Jeroen Atputharajah

Jeroen Atputharajah, élève en terminale au lycée Jacques-Brel, représentant des élèves au Conseil de vie lycéenne et au Comité hygiène sécurité, revient pour nous sur les enjeux éducatifs et sanitaires de la rentrée scolaire.

Comment s’est déroulé le travail scolaire pendant le confinement ?

Je ne pense pas que le travail à distance puisse remplacer la présence au lycée parce que le côté humain est essentiel. Avec les professeurs auprès de nous, nous nous trouvons dans de meilleures conditions pour étudier. Nous voulons aller en cours pour voir nos amis, ce qui constitue un soutien pour chacun. Et beaucoup d’élèves n’ont pu aller au CDI ou à la bibliothèque qui sont des lieux d’étude au calme par rapport à certaines familles où les frères et sœurs jouent, où il y a du bruit, etc. De plus, de nombreux lycéens n’ont pu avoir accès à l’outil numérique, soit parce qu’il n’y avait pas d’ordinateur chez eux, soit parce que l’ordinateur était difficilement accessible du fait de familles nombreuses ou parce que les parents en télétravail en avaient besoin. De ce fait, il y a eu un certain nombre de « décrochages », comme le montrent d’ailleurs les statistiques du ministère.

La dotation globale horaire va être réduite, ce qui aura comme conséquence pour les terminales par exemple des classes à 35, soit 6,3 élèves en plus en moyenne…

Dans des conditions normales, la situation était déjà dramatique : l’an dernier au lycée Jacques-Brel, des cours du soir avaient été supprimés par le rectorat et le lycée avait dû recourir à ses propres moyens. Quand les dotations horaires baissent, cela a un impact : les professeurs sont moins payés, il y a moins de cours, moins d’aides aux devoirs, moins de soutien scolaire. L’an dernier, une telle réduction avait déjà été appliquée mais le lycée avait financé une classe en plus pour faire en sorte qu’il y ait moins d’élèves par classe. Aujourd’hui, une nouvelle réduction va engendrer des classes encore plus surchargées. Dans le cadre de la crise sanitaire, nous aurons encore bien plus de mal à respecter la distanciation sociale d’un mètre entre chaque table…

En cette période d’épidémie, quelles mesures seraient nécessaires selon vous ?

Accueillir tous les élèves dans un établissement est une utopie. Il faudrait réduire les effectifs et les emplois du temps, et organiser de petits cycles, d’autant qu’avec la réforme qui introduit les spécialités, plusieurs classes sont désormais mélangées. Faire cours à l’extérieur du bâtiment est certes envisageable, mais cela ne sera pas possible s’il pleut et si le bruit de la route gêne le cours. Nous proposons un 50/50 entre cours en ligne et cours en présentiel, les classes ne devant pas compter plus de 15 élèves. Il faudrait aussi généraliser les ordinateurs aujourd’hui offerts par les régions. Ensuite, il faudrait le masque gratuit pour tous les lycéens. Des lycéens utilisent le même masque trop longtemps. Un entre-deux peut être trouvé pour concilier les exigences d’éducation et de santé. S’il y a trop de contamination, on peut s’acheminer vers des opérations lycées déserts et un droit de retrait des enseignants.

Propos recueillis par Nicolas Liébault ; photo : Léa Desjours