Maraudeurs au grand coeur

Maraudeurs au grand coeur

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Deux soirs par semaine, en partenariat avec la Ville, les bénévoles de la Fédération française de sauvetage et de secourisme (FFSS), de l’association des sauveteurs dyonisiens et du Secours populaire affrontent le froid et la nuit pour aller à la rencontre des sans-abris. Regards les a suivis.

Plan grand froid 2020, niveau 1. Pour la 4ème année consécutive, depuis le 15 novembre et jusqu’au 30 mars, les bénévoles de la Fédération française de sauvetage et de secourisme (FFSS), de l’association des sauveteurs dyonisiens et du Secours populaire vont effectuer des maraudes. La Ville est partenaire. Elle met un véhicule à disposition de chacune des tournées pour aller à la rencontre de celles et ceux qui vivent dans la rue. L’objectif est de prendre le temps de leur donner attention, écoute et aide autour d’une soupe, d’un café. De distribuer nourriture, produits d’hygiène ou de première nécessité comme des vêtements chauds, des sacs de couchage. De prodiguer les premiers secours en cas de nécessité ou d’appeler les pompiers. « En 2018, pendant le Plan Grand Froid, il y a eu 700 contacts en 24 jours », se souvient Philippe Schmitt, le président régional de FFSS.

Les habitants-e-s, les boulanger-e-s, très généreux

18 heures. Ismaël, Sharon et Arnaud, jeunes bénévoles, se retrouvent dans le local des boulistes pour chauffer l’eau, charger dans le véhicule d’intervention les bacs de vivre et les sacs de couvertures, bonnets, blousons récupérés au Secours populaire. Ismaël, 29 ans, a déjà seize ans de service au sein de FFSS. Sharon, tout juste 19 ans, a commencé en avril : « Le côté humain me plaît », glisse-t-elle en s’affairant. Arnaud vient de Seine-et-Marne. Pour lui, aider est juste une évidence. Le fait qu’il conduise est un atout précieux pour l’équipe. Hamida, bénévole de longue date au Secours populaire, les rejoint. Premier arrêt chez l’artisan boulanger de l’avenue Waldeck-Rochet. « Les boulangeries de La Courneuve jouent le jeu, elles donnent les invendus de la journée, mais aussi des baguettes toutes chaudes, des viennoiseries, des gâteaux, des bonbons », se réjouit Philippe. La maraude commence. Sous un pont, dans une voiture aux vitres calfeutrées par des chiffons, un homme vit depuis plusieurs années. Il remercie, il n’a besoin de rien. Ismaël, Sharon, Arnaud et Hamida savent qu’il faut jeter un coup d’œil dans les véhicules stationnés sur les parkings : la buée sur les vitres indique une présence.

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Aider les gens à se soigner

Les arrêts se succèdent. Près de la gare, la misère se niche jusque dans les interstices. Méthodiquement, Ismaël, Sharon, Hamida et Arnaud visitent chaque abri de fortune. Dans le froid devenu plus vif, devant les urgences de l’hôpital Delafontaine, deux hommes viennent au-devant des secours. L’un des deux prend de quoi couvrir sa compagne d’infortune, assise sur un banc. Un peu plus loin, sur un parking, un homme est allongé sous un amas de couverture. Une femme et enfant le saluent, lui donnent un sac qui contient du poulet. « Les Courneuviens sont très généreux avec les sans-abris, commente Philippe. Une collecte alimentaire a été réalisée en novembre à la sortie d’un supermarché et les clients ont beaucoup contribué. »

Un jeune a trouvé un foyer

Un homme arrive à grandes enjambées. Il indique la présence d’un nouveau groupe de sans-abris. L’un d’eux raconte qu’un commerçant les fait travailler sans les payer et les loge à sept ou huit dans un camion. Il parle arabe, Hamida aussi. Elle lui propose de l’aider à rencontrer un médecin car il souffre du bras. Un peu plus tard, à la boulangerie La Belle Epoque, Mehdi, le patron, annonce une bonne nouvelle qui met du baume au coeur de toute l’équipe : « Le jeune qui vivait à la rue dans le quartier a trouvé un foyer à Stains ! »

22 heures. Avant de retourner au local pour vider le véhicule et tout ranger, la maraude pousse jusqu’à l’orée du parc départemental et du quartier Quatre-Routes/Rateau. Nelly, du Secours populaire, a signalé la présence d’un nouveau venu. Ismaël lui donne un plan, lui explique comment se rendre au Secours populaire, au Centre municipal de santé (CMS). Puis il lui offre une tranche de sa faconde, la saveur d’un bout de conversation, d’un rire partagé. Parce qu’il sait qu’en cette année de sourires censurés, masque oblige, la chaleur, le réconfort et l’humanité passent par la fraternité des mots et de l’humour.

Texte : Joëlle Cuvilliez ; photos : Léa Desjours

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Appel aux dons

Les bénévoles de FFSS, de l’association des sauveteurs dyonisiens et du Secours populaire ont besoin de gants, de chaussettes, de bonnets, de duvets, de couvertures et de manteaux. Tél. : 09 72 58 48 18.