Balance ton sexisme

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Sexisme

Le 8 mars, c’était la journée internationale des droits des femmes. Un événement qui a une résonance particulière cette année, avec la dénonciation publique de nombreuses agressions envers les femmes. Expert-e-s, internautes, militant-e-s, sportif-ve-s : la mobilisation contre le sexisme se décline au féminin pluriel.

C’est une collégienne de Jean-Vilar qui demande pourquoi « on ne prend pas au sérieux les femmes qui se font violer », au cours de la première séance du club contre le sexisme lancé dans l’établissement. C’est une mère tabassée et menacée de mort par son mari qui demande de l’aide aux juristes du Centre d’information sur les droits des femmes et des familles de La Courneuve. Le mot « sexisme » fait florès. À l’origine, le mouvement #MeToo, les 149 féminicides recensés en 2019, les révélations d’agressions dans les arts, la culture et le sport…

Instaurée par l’ONU en 1977, la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars constitue le point culminant de ce mouvement plus global. Rappelons qu’il ne s’agit pas d’un « hommage » à une vision stéréotypée des femmes… et donc pas d’une « journée de la femme ». Son objectif est bien plutôt de promouvoir des avancées concrètes en matière d’égalité entre les genres. Car la mise en œuvre du principe d’égalité est encore très lacunaire aujourd’hui, ce que montrent les chiffres.

Comme idéologie et comme pratique, le sexisme ne se traduit pas seulement par des inégalités entre femmes et hommes, et des discriminations. Il se traduit aussi par un ensemble de manifestations et d’agressions, allant de simples remarques et des plaisanteries apparemment anodines jusqu’au viol ou au meurtre. C’est pourquoi le Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes prévoit dans son rapport pour 2019, entre autres propositions, de lui consacrer une journée nationale particulière. L’objectif demeure de mobiliser la société civile, les pouvoirs publics pour sensibiliser et former la population.

 

Parmi les propositions du Haut Conseil 

Dans son rapport annuel pour 2019, le Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes prône une série de mesures dans le domaine de l’entreprise, des médias et de la politique :

  • Favoriser, dès le plus jeune âge, une orientation scolaire et professionnelle sans stéréotypes
  • Instaurer une sorte de statut de « lanceur d’alerte » qui protégerait les femmes des risques de représailles en cas de dénonciation du sexisme dans l’entreprise
  • Prévoir des sanctions en cas de violences sexistes et sexuelles dans l’entreprise
  • Inscrire la prévention de ces violences dans la négociation collective obligatoire
  • Obliger les entreprises à réaliser, tous les deux ans, une enquête interne sur le sexisme et les violences sexistes et sexuelles
  • Inscrire dans le cahier des charges du service public de l’audiovisuel un objectif de femmes réalisatrices et de femmes dans les métiers techniques de l’audiovisuel, de l’ordre de 30 % en 2022, puis 40 % d’ici cinq ans
  • Renforcer les pouvoirs du Conseil supérieur de l’audiovisuel en matière de lutte contre le sexisme : présence des femmes à l’antenne, diminution des stéréotypes dans les programmes, etc.
  • Étendre la règle de la parité des élus femmes-hommes dans les « zones blanches », à savoir les communes de moins de 1 000 habitants
  • Rééquilibrer les délégations et les responsabilités entre les femmes et les hommes élus
  • Au Parlement, établir un binôme paritaire de co-rapporteur et co-rapporteuse des projets de loi
  • Instaurer une peine d’inéligibilité à tout élu condamné pour des violences sexistes et sexuelles

 

 

 

Les chiffres du sexisme en France

  • 2 % des rues françaises portent des noms de femmes
  • Les femmes consacrent environ 1h30 de plus que les hommes par jour aux tâches domestiques
  • 100 % des femmes ont subi des harcèlements dans les transports en commun
  • 80 % des femmes sont confrontées au sexisme dans le travail
  • Les hommes gagnent 19,2 % de plus que les femmes
  • 30,6 % des femmes salariées sont à temps partiel (7,2 % des hommes)
  • Une femme sur trois a subi des violences physiques ou sexuelles

(Source : Secrétariat d’État chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes)

 

Internet, zone de combat rapproché

Le web est devenu un espace majeur où se mène la lutte contre le sexisme. Petit répertoire des sites d’informations, podcasts et comptes Instagram.

Quelques sites d’informations

  • www.madmoizelle.com est un média féminin d’information généraliste, féministe, pour les femmes « plus vraiment ados et pas encore tout à fait femmes ».
  • www.lesnouvellesnews.fr est un journal traitant l’actualité tout en respectant la parité. Il veut donner autant de visibilité aux femmes qu’aux hommes et gommer les stéréotypes sexués.
  • http://madamerap.com est un média qui met en lumière les rappeuses et les LGBT+ dans le hip-hop et démontre que le rap n’est pas la musique la plus sexiste et LGBT+phobe qui existe.

Plusieurs podcasts

Sur Arte Radio, Un podcast à soi, de Charlotte Bienaimé, paraît chaque premier mercredi du mois, mêlant intimité et expertise, témoignages et réflexions, pour aborder les questions de genre, de féminismes, d’égalité entre les femmes et les hommes.

Sur SoundCloud, Les couilles sur la table, de Victoire Tuaillon, est destiné à toutes celles et ceux qui se posent des questions sur elles-eux-mêmes. Il paraît un jeudi sur deux.

Sur Nouvelles Écoutes, Quoi de meuf, de Clémentine Gallot, consiste en une conversation générationnelle et intersectionnelle sur la pop culture.

Sur Apple.com, YESS est un podcast mensuel d’Anaïs Bourdet sur les victoires du quotidien face au sexisme.

 

Et des comptes Instagram :

@collages_feminicides_paris : des collages dans la ville qui dénoncent les féminicides

@memepourcoolkidsfeministes : des memes drôles à base de blagues féministes

@preparez_vous_pour_la_bagarre : la dénonciation des sorties sexistes dans les médias et les réseaux sociaux

@payetashnek : une collecte de témoignages sur le harcèlement de rue

 

Le grand écran passe le test

Le 13 mars dernier, le cinéma L’Étoile mettait les femmes à l’honneur en présentant un test permettant d’évaluer leur représentation à l’écran.

Le test de Bechdel-Wallace : qu’est-ce qui se cache derrière ce nom ? Nous l’avons appris au cinéma L’Étoile le vendredi 13 mars où il a été présenté à l’occasion de la projection d’un documentaire. Intitulé Tout peut changer, ce film porte sur le combat des femmes de Hollywood pour se voir confier la réalisation de fictions au même titre que les hommes. Une petite partie du docu était consacrée au fameux test conçu en 2005 par Alison Bechdel, une illustratrice américaine de bande dessinée, et par son amie Liz Wallace.

En quoi consiste-t-il ? Nicolas Revel, le directeur du cinéma L’Étoile, l’explique : chaque film doit cocher trois cases :

  1. comporter au moins deux femmes nommées dans son scénario ;
  2. comporter au moins une conversation de plus d’une minute entre ces femmes ;
  3. comporter une conversation entre elles qui évoque un autre sujet qu’un homme.

Si un film remplit ces trois critères, affiches de promotion et programmation se verront apposer un logo « A » pour « Approuvé ». L’Étoile va appliquer ce test aux œuvres qu’il va projeter.« Le but n’est pas de fustiger », précise Nicolas Revel. D’ailleurs, ce label ne bénéficie par nécessairement à des films féministes : on peut tout à fait passer le test grâce à un dialogue sur la mode, le shopping, etc. Autre exemple : Gravity ne comprend pas de conversation entre femmes… puisqu’une seule héroïne est à l’écran. Or pour Laetitia Scherier, responsable du jeune public au cinéma, « les jeunes étant beaucoup devant les écrans, l’absence de représentation a une grande influence sur leur vision du monde ».

Au total, le site www.bechdeltest.com recense 7 800 films testés, dont 2 672 américains. Or seulement 40 % d’entre eux répondent aux critères. Parmi ceux qui ont échoué, il y a des classiques comme Psychose ou Starwars. Plus globalement, le western, le film noir et le film sportif n’y parviennent souvent pas. En revanche, des réalisateurs comme Pedro Almodóvar, Woody Allen, Lars von Trier ou François Truffaut passent le test. Quant au pays d’origine, l’Autriche, l’Argentine, l’Inde ou le Canada tiennent la corde, au contraire de la Nouvelle-Zélande, de l’URSS et de la République tchèque. La France se situe, elle, au milieu du classement.

Textes : Nicolas Liébault

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