Rétablir son estime de soi en lisant plus vite

Rétablir son estime de soi en lisant plus vite

Mohamed Koussa

Mohamed Koussa a été longtemps professeur de français au lycée professionnel Denis-Papin de La Courneuve. Il découvre alors les techniques de la lecture rapide jusqu’à devenir récemment champion de France, puis champion du monde dans cette discipline peu connue du grand public. Issu d’un milieu modeste, il entend, à travers sa MK Academy, apprendre cette technique aux jeunes des quartiers populaires afin de leur redonner confiance en eux.

D’un geste ample de la main, Mohamed Koussa embrasse toute la ville de Dugny : à gauche l’immeuble HLM où il habite, à droite la bibliothèque, là- bas son école. Ce sont ses coordonnées depuis 1979. « La ville est petite, on a vite fait le tour », concède-t-il. Nous entrons dans un café situé en face de la bibliothèque, là même où il a entretenu sa passion pour la lecture. Car Mohamed Koussa est un champion de la lecture, de la lecture rapide pour être précis. La modestie dans sa façon d’être, la simplicité de son existence à Dugny tranchent avec son impressionnant palmarès. Cette même modestie caractérise d’abord son milieu familial. Son père, venu d’Algérie, était gardien dans un foyer de travailleurs migrants. Sa mère demeurait au foyer, jusqu’à ce que son père décède en 1983. Si Mohamed Koussa demeure à Dugny, la ville de La Courneuve a joué dans son parcours un rôle déterminant. Il fréquente le lycée Jacques-Brel pendant quatre années. Il y retournera comme surveillant. Après un cursus en informatique puis en histoire à Villetaneuse, il réussit le concours de professeur des écoles en 2005 et son premier poste est à l’école Henri-Wallon. Sa femme, docteure en biologie, est originaire du quartier des 4000.

Il entend permettre aux élèves de dépasser les blocages qu'il a lui-même connus

Après un parcours un peu heurté, sa passion de la lecture le rattrape et il intègre en 2008 un lycée professionnel comme professeur de français. Il entend permettre aux élèves de dépasser les blocages qu’il a lui-même connus, « ayant appris le français à l’école, car on parlait arabe à la maison, d’où l’impression de ne pas du tout maîtriser mon environnement ». Il s’aperçoit alors qu’il existe « des méthodes qui permettent d’atteindre les notes maximales sans forcément penser qu’on est le plus intelligent ou le meilleur ». Lors de ses concours, il se demandait déjà comment absorber l’énorme bibliographie distribuée. Après plusieurs tentatives, Mohamed Koussa entreprend une formation à la lecture rapide en 2016. Il relève alors le défi de lire cinq livres en cinq jours, puis dix livres en dix jours. Il en intègre rapidement les différentes techniques et, dès le championnat de France la même année, il remporte la médaille d’or. Il y rencontre Michel Wozniak, premier Français qui figurait sur le podium au championnat du monde, qui, détectant son talent, lui propose d’enchaîner avec la compétition mondiale en Chine. À sa propre surprise, il gagne le championnat, réussissant à lire un livre de 500 pages en moins d’une heure et demie !

Le champion n’oublie pas sa vocation sociale

Très attaché à l’Éducation nationale, Mohamed Koussa ressent pourtant le besoin de construire son « propre monde où [il] puisse inviter les apprenants à venir à [lui] ». Aidé par sa femme, dans son petit logement social de Dugny, il fonde fin 2017 sa propre école, la MK Academy. Si Renault et Dassault deviennent ses clients, le champion n’oublie pas sa vocation sociale, donnant des formations aux jeunes des milieux populaires, comme celle organisée aux 4 000 en partenariat avec l’association ASAD. Les projets se multiplient : formation adaptée pour les enfants, formation de formateurs, etc. « Il faut que je vive une aventure », s’exclame-t-il. Une aventure qui n’en finit pas de filer... à toute vitesse.

Article : Nicolas Liébault, photo : Léa Desjours

La technique de la carte mentale

La « carte mentale » (en anglais mindmapping) est une technique utilisée par Mohamed Koussa pour accélérer sa vitesse de lecture. Le mindmapping a été inventé par Tony Buzan, récemment décédé, très connu dans le monde anglo-saxon. Cette méthode s’appuie sur la pensée visuelle : si le mot « banane » est écrit sur une feuille, on ne peut le lire que si on est francophone. Mais l’image d’une banane permet à tout le monde de comprendre en quoi cela consiste. Le principe de la « carte mentale » est de tout transformer en images : les mots, mais aussi les sensations, les souvenirs, etc. Un discours est présenté en notes linéaires, mais le cerveau n’est pas linéaire : il part d’une idée et cinq minutes après le contenu de la discussion n’a plus rien à voir. Avec la carte mentale, on part d’une idée et on crée des arborescences autour de branches, en mêlant le dessin et les mots. Dans l’Éducation nationale, on utilise cette technique pour les élèves en difficulté, alors que tous les élèves pourraient en profiter. Voici un exemple de carte mentale réalisé par une élève de Mohamed Koussa.

Carte mentale