Une fresque pour Abdel et Toufik

Publiée le 5 févr. 2026

Une fresque pour Abdel et Toufik

Abdel Toufik

Kader Benyahia a créé une fresque pour rendre hommage à son frère Abdel, tué par un policier ivre dans les années 1980, et au jeune Toufik, abattu par un voisin à la même époque.

Il y a trente-neuf ans, le 5 décembre 1986, le Courneuvien Abdel Benyahia était tué par un policier ivre et hors service dans un bar de Pantin. Il n’avait que 19 ans et tentait de mettre fin à une dispute. Trois ans plus tôt, le 9 juillet 1983, c’était Toufik Ouanes, 9 ans, qui était abattu en pleine journée par un voisin irascible au cœur de la Cité des 4 000. Ces faits tragiques se sont produits dans un contexte de montée en puissance du Rassemblement national (ex-Front national) et de ses discours racistes. Ils ont aussi joué un rôle déterminant dans la mobilisation de la jeunesse contre toutes les formes de discrimination, notamment au travers de la Marche pour l’égalité des droits et contre le racisme, qui a fait étape à La Courneuve le 2 décembre 1983.

« Ces deux morts nous rappellent à quel point les populations de villes comme la nôtre ont été maltraitées et le sont hélas toujours à bien des égards, a précisé Gilles Poux le 3 décembre, lors de l’inauguration d’une mosaïque en hommage à ces deux victimes au sein de la Maison pour tous Aoua-Keïta. Nous sommes ici pour rappeler que l’on n’oublie pas et que c’est en regardant ce passé droit dans les yeux et avec lucidité que l’on arrivera à construire un avenir différent. »

La fresque, aussi élégante que touchante, a été réalisée par Kader Benyahia, avec l’aide de son frère Mustapha et d’autres proches. Très modeste, il aurait aimé avoir plus de temps pour en faire « une œuvre collective », coconstruite avec les habitant·es du quartier, et souligne que « la fresque est autant dédiée à Abdel qu’à Toufik ».

La sœur de Toufik, qui revenait pour la première fois à La Courneuve depuis le drame, remercie d’ailleurs les organisateur·rices « d’avoir pensé à son frère », dont le décès reste pour elle « une plaie ouverte ». Malika, jeune nièce d’Abdel, souligne quant à elle que « ce travail de mémoire est important pour tout le quartier, et particulièrement pour les descendants des huit frères d’Abdel, dont je fais partie ».

L’idée d’un geste artistique encore plus fort symboliquement germe rapidement dans l ’assistance : « Il serait intéressant de préparer une plus grande fresque pour l’an prochain, afin de commémorer le 40e anniversaire de la mort d’Abdel, lance ainsi Mogniss Abdallah, cofondateur de l’agence IM’media. Il faut se souvenir de ce qu’il s’est passé pour que cela ne se reproduise jamais. »


Texte : Jean-Bernard Gallois ; photo : Léa Desjours

Un film pour témoigner de la mobilisation

L’agence de presse IM’media, spécialisée dans la captation des mobilisations liées aux quartiers populaires et à l’immigration, était aux premières loges des manifestations consécutives à la mort d’Abdel. Elle a réalisé le documentaire Abdel pour mémoire, un film qui rend hommage à Abdel et centre le récit sur la lutte de sa famille et du comité « Justice pour Abdel » pour obtenir la requalification des faits et la condamnation du policier. En 2024, et en accord avec la famille, l’agence a aussi fait don à la Ville d’une partie de ses archives vidéo sur la mobilisation des Courneuvien·es après l’assassinat, accessibles sur demande (laurent.magre@lacourneuve.fr).