La députée européenne, née dans un camp de réfugié·es palestiniens, incarne une nouvelle génération de militant·es qui se bat pour la Palestine à la force du droit international. Elle est devenue Citoyenne d'honneur de La Courneuve le 4 juillet dernier.
C'est dans ses veines que coule la Palestine, un fluide vital au-delà de toutes les théories et les slogans. Rima Hassan est née dans le camp de réfugié·es de Neirab, près d’Alep, en Syrie. Sa famille a vécu la Nakba : la « catastrophe » en arabe, qui désigne l’exode massif des Palestinien·nes subi en 1948, au moment de la création de l’État d’Israël. De ce vécu, elle n’a jamais fait un fardeau mais une boussole : « On arrive en politique avec ce qu’on est », dit-elle. Juriste de formation, elle fonde en 2019 l’Observatoire des camps de réfugiés avant d’être élue, en 2024, première eurodéputée française d’origine palestinienne.
Sa singularité tient à ce refus des grilles de lecture toutes faites. Elle ne parle pas de la Palestine comme d’une cause lointaine ou conceptuelle mais comme d’un sujet qui concerne les Européen·nes, tant leurs gouvernements sont impliqués dans son histoire comme dans son présent. Elle défend l’idée d’une « génération Palestine », qu’elle compare à la génération qui a fait tomber l’apartheid sud-africain.
« La question n’est pas d’aimer ou pas les Palestiniens mais de défendre des droits humains pleins et entiers pour tous les peuples. »
Coordinatrice de la commission Droits de l’homme au Parlement européen pour le groupe The Left, elle a porté une pétition citoyenne européenne réclamant la suspension totale de l’accord d’association entre l’UE et Israël qui a rassemblé plus d’un million de signatures en un temps record.
Du Parlement jusqu’au pont d’un bateau de la flottille humanitaire pour Gaza, où elle a été arrêtée puis emprisonnée par l’armée israélienne à l’automne 2025, elle affronte procédures et campagnes de diffamation sans jamais céder : « Ce mouvement ne se réduit pas à deux ou trois figures », rappelle-t-elle. Elle est persuadée que c’est « l’opinion publique qui peut peser sur la complicité de fait des institutions européennes avec un État commettant des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre ».
C’est cette cohérence entre l’intime et l’universel que la Ville a voulu saluer en lui décernant, le 4 juillet, le titre de citoyenne d’honneur – une première pour elle en France. Lors de la cérémonie officielle, le maire Aly Diouara a salué en elle « une des lueurs » qui « oblige à l’espérance », rappelant que La Courneuve avait déjà fait de Marwan Barghouti, dirigeant politique palestinien incarcéré en Israël depuis 2002, un citoyen d’honneur en 2010.
Fidèle à elle-même, Rima Hassan a aussitôt refusé la posture d’icône : cette distinction, dit-elle, revient d’abord « à la cause palestinienne, qui est au-dessus et beaucoup plus grande que nous ». Elle y voit moins une récompense qu ’« un mandat moral » pour continuer, « avec encore plus de détermination », un combat dont le vrai poids, insiste t-elle, reste « le coût humain pour les Palestiniens ».
Texte : Claude Rambaud ; photo : Francesco Gattoni