Issam Rachyq-Ahrad présente son seul en scène, Ma République et moi, au Centre culturel Jean-Houdremont le 20 mars.
Regards : Comment un incident au sein du conseil régional de Bourgogne vous a-t-il inspiré la pièce Ma République et moi ?
Issam Rachyq-Ahrad : Pendant trois mois, un groupe d’élèves avait travaillé sur les fondements de la République. Le 11 octobre 2019, alors qu’ils assistaient à une assemblée du conseil régional de Bourgogne, une mère accompagnatrice portant le voile a été invectivée par un élu du Rassemblement national. Il lui a même demandé de sortir. Cette scène humiliante s’est déroulée sous les yeux de son propre fils. Même si l’élu s’est fait reprendre par la présidente, la maman a décidé de partir. Comment répare-t-on cela ? Quel citoyen projette-t-on sur ce petit garçon ? J’ai alors interviewé plus de soixante-dix femmes et leurs enfants, sur leurs rapports mutuels. Puis je me suis rendu compte que je n’étais pas allé voir ma propre mère et je lui ai soumis le questionnaire.
Une des questions était : « Maman, pourquoi tu portes le foulard ? » Quand elle m’a répondu : « Ça ne te regarde pas ! », j’ai compris qu’il y avait un secret, donc une problématique, donc du théâtre possible. J’ai entamé un récit autobiographique.
R. : Dans cette pièce, votre mère témoigne d’un sentiment d’injustice : contribuer à la société mais subir des injonctions à vivre différemment de ce qu’on a choisi…
I. R-A. : La pièce fait de maman un récit ordinaire mais inconnu des gens qui la côtoyaient. Ils ne pensaient pas qu’une femme qui porte le foulard peut être citoyenne, tournée vers les autres, participer à la vie associative, faire des maraudes, œuvrer à la Croix Rouge et au Secours populaire, etc. J’avais envie de peindre son portrait, car on se limite trop souvent aux généralités comme : « C’est son mari qui lui a dit de porter le voile. » Dans mon texte, vous apprendrez pourquoi elle le porte. Maman appartient à la première génération d’immigrés, qui s’est assimilée par le silence, laissant les autres décider pour elle, vivant dans une sorte de transit. Ma pièce lui donne la parole et elle en a validé chaque mot, venant aux répétitions, parlant, racontant, chantant ! On attend trop so vent que nos parents ne soient plus là pour leur dire qu’ils sont extraordinaires. J’ai appelé mon spectacle ainsi parce que la République nous appartient comme nous lui appartenons, mais elle peut aussi nous exclure.
Propos recueillis par Nicolas Liébault ; photo : Quentin Petit
Vendredi 20 mars à 19 heures : Ma République et moi, de et avec Issam Rachyq-Ahrad. Centre culturel Jean-Houdremont, 11 av. du Général-Leclerc. À partir de 10 ans. 1 heure.