Lutter contre les héritages de l'esclavage

Publiée le 18 mai 2026

Lutter contre les héritages de l'esclavage

10 mai

Le 10 mai, lors de la commémoration de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, la Ville a rappelé la persistance et l’ampleur des séquelles de ces crimes dans la société actuelle.

Les tambours « ka » sonnent comme un avertissement, ce 10 mai dans la salle des fêtes de l’hôtel de ville. Vingt-cinq ans après l’adoption de la loi reconnaissant les traites et l’esclavage comme crimes contre l’humanité (voir encadré), il y a encore beaucoup de travail pour éradiquer « les imaginaires coloniaux et racistes » issus de cette histoire, responsables notamment des « logiques d’exclusion » à l’œuvre « dans nos quartiers populaires », insiste le maire Aly Diouara dans son discours. Il réclame ainsi l’abrogation formelle et officielle du Code noir de 1685, qui donnait un cadre juridique à l’esclavage et faisait de l’esclave un « être meuble » susceptible d’être acquis comme un bien. Même s’il a été rendu caduc par d’autres textes, en particulier le décret d’abolition de l’escla-
vage de 1848, l’absence d’abrogation est une « faute symbolique, morale et politique ». L’élu évoque aussi le sujet des réparations, qu’elles soient politiques, sociales, culturelles, mémorielles et économiques.

Pour Fatoumata, une habitante présente dans la salle, « c’est très important qu’il y ait un temps dédié à cette journée comme celui-ci ». « Je suis d’origine malienne, mais, en soi, on est tous concernés par l’esclavage », poursuit-elle avec émotion. Sa fille Aminata fait partie des enfants du centre de loisirs Louise-Michel qui jouent et chantent du gwoka, un genre musical né en Guadeloupe de la révolte contre l’esclavage, pour la cérémonie. Un projet encadré par des artistes et initié par l’association Kréyol, dont le président Michael Naïnan prend aussi la parole. « Notre travail, c’est de transmettre la mémoire, partager les histoires et expliquer pour com-
prendre et ne pas oublier », dit-il. « On a appris qu’il faut défendre tous les gens qui sont morts à cause du racisme », glisse Aminata à la fin de la commémoration. Le travail est bien en cours. 

Texte : Olivia Moulin ; photo : Fabrice Gaboriau

Avant la journée, la loi

Le 10 mai 2001, le Parlement adopte la loi dite Taubira, du nom de la députée de Guyane Christiane Taubira, qui a proposé ce texte avec le soutien du gouvernement de Lionel Jospin, en cohabitation avec le président Jacques Chirac. Cette loi dispose que « la République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité ». Cinq ans plus tard, le 10 mai est déclaré comme la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions.