Une vingtaine d’habitantes ont bénéficié de cours d’autodéfense à la Maison pour tous Aoua-Keïta. Une occasion de développer la confiance en leurs capacités.
Certaines participantes voulaient apprendre à rendre des coups. « Quand j’ai vu l’affiche, je me suis dit qu’on allait se bagarrer », rigole l’une d’entre elles. Mais pour Djihene Abdellilah, polyathlète multimédaillée qui leur donne des cours d’autodéfense depuis mars, la priorité n’est pas là. Il s’agit surtout de (re)prendre le contrôle. « Si quelqu’un a décidé de vous frapper, il faut le sortir de son organisation, de sa manière de faire, de sa posture, plutôt que d’entrer dans son jeu », insiste-t-elle à l’occasion de la dernière séance ce 21 avril à la Maison pour tous (MPT) Aoua-Keïta. Alors, elle leur apprend des techniques pour se libérer d’un étranglement, déplacer le centre de gravité d’une personne, créer un barrage avec ses jambes ou au contraire un corps-à-corps pour limiter les mouvements de son agresseur·se quand on est au sol… « Pas besoin d’avoir de la force pour gérer quelqu’un ! Et la force, c’est quelque chose qui se travaille. »
Ces cours permettent aussi de susciter la parole sur les violences masculines, notamment dans le cadre conjugal, qu’elles soient physiques, psychologiques ou économiques. « Ce n’est pas simple d’être une femme dans la société dans laquelle on vit, observe une habitante. On est embêtées constamment, on n’est jamais tranquilles. » Une autre évoque le refus de son ex-compagnon de lui verser de l’argent pour leur fille qu’elle élève, une autre encore les coups qu’elle a reçus du père de ses enfants. Djihene Abdellilah écoute avec attention et réagit avec fermeté. « Est-ce que tu en as déjà parlé à tes enfants ? demande-t-elle à la dernière. En ne le faisant pas, tu transmets l’idée que c’est la honte d’en parler. Il faut que les mentalités changent, par nous et pour nous, et ne pas rester dans son coin. » Avant de faire ce rappel : pour être informées, orientées, accompagnées, les personnes peuvent se tourner vers le personnel de la MPT et du Centre communal d’action sociale ou vers l’intervenante sociale du commissariat. Il y a bien d’autres armes que la force.
Texte : Olivia Moulin ; photo : Léa Desjours
Une nouvelle session sera organisée en novembre à la MPT Aoua-Keïta.