Portée par un mental impressionnant, Sara Zemri pratique et s’illustre dans le jiu-jitsu brésilien depuis trois ans. Portrait.
Ne lui demandez pas quels sont ses modèles dans la discipline. « Il ne faut pas se comparer aux autres, on va se mettre des barrières si on fait ça ! Je ne m’identifie à personne et je ne m’attache qu’à moi-même, chacun construit son propre chemin », insiste en souriant Sara Zemri, 26 ans. Installée à La Courneuve depuis 2005, l’infirmière de chantier sur le site du Grand Paris Express à Villepinte a d’abord fait du judo. « J’ai commencé petite, j’étais au Judo Club Courneuvien et après je suis allée au club de Saint-Denis. » Gravement blessée au pied en compétition, elle doit tout arrêter après quatorze ans. « C’est tombé l’année où je devais passer le bac et le concours d’infirmière, je ne faisais plus de sport et je ne suis pas sortie de chez moi pendant très longtemps, j’ai pris du poids… »
N’empêche que, contrairement à la prédiction du chirurgien qui l’a opérée, elle réussit à retourner sur le tatami. « Je voulais reprendre un sport de combat, mais comme je me suis voilée, je ne pouvais plus faire de judo. » Sur Instagram, elle découvre le jiu-jitsu brésilien via les vidéos de la jeune championne Sana Ndiaye et s’inscrit dans le club de Bobigny en 2023. Une révélation. « Quand on tombe au sol, ce n’est pas fini comme au judo, il y a tout un travail qui continue, de réflexion et de stratégie, c’est comme une partie d’échecs ! Combien de fois j’ai été en train de perdre un combat et j’ai réussi à renverser la situation ! C’est aussi plus dur physiquement, beaucoup plus cardio que le judo ! » Pas de quoi la décourager. Elle s’entraîne deux heures par jour six jours sur sept, fait une ou deux séances de préparation physique par semaine à la salle de sport On Air de La Courneuve. Et, très vite, elle rafle des médailles, beaucoup de médailles, dont celle d’argent au Championnat d’Europe 2025.
Au-delà de ses victoires, Sara Zemri tient surtout à partager sa détermination avec les membres de la section féminine qu’elle a fait ouvrir et coache à Bobigny ainsi qu’avec ses followers sur les réseaux sociaux. « Le sport, ça m’a montré que j’étais disciplinée et tenace, et ça m’a beaucoup aidée à m’affirmer, à être plus combative dans la vraie vie. J’étais timide et effacée avant, je suis beaucoup plus à l’aise, je ne me laisse plus faire maintenant. » Dans ses vidéos, elle fait ainsi passer de nombreux messages essentiels. « On peut gagner une fois et perdre la suivante, il y aura toujours quelqu’un de plus fort que soi. Et on peut être de forte corpulence et faire de la compétition. Rien n’est impossible dans la vie, il faut y croire. » C’est elle qu’on croit…
Texte : Olivia Moulin ; photo : Nazir Abiboulla
Un art martial axé sur le combat au sol
Au début du XXe siècle, après avoir parcouru l’Europe et les Amériques pendant une dizaine d’années pour y diffuser le jiu-jitsu et le judo, le Japonais Mitsuyo Maéda s’installe au Brésil. L’un de ses élèves, Carlos Gracie, se prend de passion pour le jiu-jitsu et décide d’ouvrir sa propre académie. Mais ses frères, notamment Helios Gracie, et lui développent une variante qui réclame moins de force physique et mise plus sur la stratégie et les effets de levier. Le jiu-jitsu brésilien (JJB) est né. Il commence debout, puis se joue essentiellement au sol, avec les techniques de combat associées : contrôles, immobilisations, étranglements et soumissions par clé de bras ou de jambe… En 1993, le frêle Carlos Gracie, fils d’Helios Gracie, marque les esprits en remportant le premier tournoi de l’UFC face à des adversaires – judokas, lutteurs, boxeurs… – souvent plus lourds et plus musclés. La légende mondiale du JJB est née.