Le combat pour le droit à la réussite scolaire continue

Publiée le 11 juin 2026

Le combat pour le droit à la réussite scolaire continue

Mobilisation

La Ville poursuit sa mobilisation contre les fermetures de classes annoncées pour septembre et contre la baisse des moyens alloués à l’école publique à La Courneuve et dans le département en général.

Une « saignée inédite » : c’est ainsi que l’intersyndicale Éducation 93, rassemblant les syndicats CGT Éduc’Action 93, CNT Éducation 93, FSU 93 et Sud Éducation 93, décrit les suppressions de postes et de classes annoncées pour la rentrée de septembre dans le premier degré en Seine-Saint-Denis. « La directrice académique des services de l’Éducation nationale [Dasen] doit rendre 67 postes d’enseignants ; elle va fermer 275 classes et en ouvrir 115 », indique Caroline Marchand, cosecrétaire du syndicat majoritaire dans le premier degré FSU-SNUipp 93 après l’audience du 3 juin au ministère de l’Éducation nationale entre l’intersyndicale et notamment le directeur de cabinet du ministre, la conseillère à l’égalité territoriale et la Dasen. « Pour eux, le département est correctement doté, ils considèrent qu’ils sont gentils avec nous parce qu’ils auraient pu rendre bien plus de postes avec la diminution du nombre d’élèves ! »

Alerter sur l’état alarmant de l’école publique

En Seine-Saint-Denis comme ailleurs, c’est en effet l’argument de la baisse démographique qui est invoqué pour justifier les fermetures de classes et les suppressions de postes. « Mais ça va entraîner une augmentation des effectifs alors que ça aurait pu servir à améliorer les conditions de travail des professeurs et les conditions d’apprentissage des élèves. »

Pétitions, grèves, occupations d’établissements, manifestations, interpellations, assemblées citoyennes… Depuis février 2024, de nombreux enseignant·es et personnels, parents d’élèves et élu·es se mobilisent pourtant pour alerter sur l’état alarmant e l’école publique dans le département le plus pauvre et le plus jeune de la France hexagonale, une « école en crise qui peine à tenir la promesse républicaine »*. Alors que les élèves cumulent les difficultés économiques et sociales, elles et ils subissent plus que les autres la crise du recrutement et du remplacement dans l’Éducation nationale. La Seine- Saint-Denis se distingue ainsi par un pourcentage élevé d’enseignant·es peu expérimentés, contractuels et non remplacés en cas de congé maladie, maternité ou de formation. Comme celles et ceux qui se battent depuis plus de deux ans, la Ville réclame donc un plan d’urgence pour l’éducation dans le 93. Il s’agit de suspendre les fermetures de classes, de recruter massivement des professeur.es et des accompagnant·es des élèves en situation de handicap et de créer des postes d’infirmier·ères et de médecins scolaires, d’assistant·es sociaux, de conseiller·ères principaux d’éducation et d’assistant·es d’éducation. Les enfants de La Courneuve le méritent.

Textes : Olivia Moulin ; photos : Léa Desjours
* Rapport parlementaire sur l’évaluation de l’action de l’État dans ses missions régaliennes en Seine-Saint-Denis, déposé le 10 novembre 2023.

« Nous avons besoin de la mobilisation de tous »

Paroles d'élu
Texte

« Comme dans toutes les villes, nous subissons des choix faits au niveau national par le gouvernement Lecornu, qui s’inscrivent dans la continuité de la politique d’austérité menée sur le dos de l’école publique, des services publics en général, avec 40 milliards d’économies à réaliser cette année. Ça se traduit concrètement dans nos vies, avec la suppression de 4 000 postes d’enseignants dans le pays et la fermeture de près de 280 classes dans le département prévues pour la rentrée. À La Courneuve, on aurait moins de fermetures que les quatorze annoncées au départ, du fait de notre mobilisation et de celles qu’il y a eu dans le département, de nos discussions avec l’académie et de l’évolution du nombre d’inscriptions.

Pour justifier les fermetures, la baisse de la démographie scolaire est évoquée, mais c’est profondément injuste de traiter la question de l’éducation en Seine-Saint-Denis, et à La Courneuve en particulier, uniquement sous ce prisme. D’accord, nous comptons moins d’élèves pour l’instant, mais ce nombre augmentera avec les nouvelles livraisons d’immeubles. Et surtout, nos élèves ne sont pas confrontés aux mêmes réalités ni aux mêmes besoins qu’ailleurs. En dehors de l’école, ils font face à un cumul de difficultés et d’inégalités : ils peuvent être mal logés ; ils peuvent avoir des problèmes de santé à cause de leurs conditions de vie, des nuisances sonores ou de la pollution, s’ils vivent à côté de l’A86, par exemple ; ils peuvent être frappés de non-recours si leurs parents viennent d’arriver sur le territoire… Ils n’ont pas le même point de départ, ils sont censés obtenir plus de moyens pour étudier convenablement.

Pour changer les choses, nous ne pouvons pas agir tout seuls, nous avons besoin de la mobilisation des enseignants, des parents d’élèves… C’est une question de rapport de force. Mais, dans la mesure du possible vu les contraintes budgétaires, nous essayons en tant que collectivité de combler les manques de l’État, comme avec la médecine scolaire. Ce sont des médecins du CMS [Centre municipal de santé] qui assurent cette mission de service public, dont l’État s’est totalement désengagé, depuis quelques années. Et nous allons, dès la rentrée, renforcer le périscolaire, sur lequel nous avons la compétence : nous allons améliorer le taux d’encadrement et l’offre d’animations pour en faire un temps de sécurité et d’excellence éducative. »

Paroles de parents enseignants