La Ville s’est mobilisée le 17 octobre dernier pour commémorer le massacre de plusieurs centaines d’Algérien·nes à Paris en 1961, trop longtemps dissimulé par les pouvoirs politiques.
Le samedi 17 octobre, soixante- cinq ans jour pour jour après le massacre de centaines d’Algérien·nes à Paris, plusieurs centaines de Courneuvien·nes se sont réunis place de la Fraternité pour rendre hommage aux victimes. « Ce soir-là, à Paris, des milliers d’Algériens et d’Algériennes manifestaient pacifiquement contre le couvre-feu discriminatoire qui leur était imposé et pour l’indépendance de l’Algérie, a rappelé Aly Diouara, aux côtés de Nahela Nessaïbia, adjointe au maire déléguée à la mémoire, et de représentants courneuviens de l’Association du 17 octobre 1961. La répression policière, menée sous l’autorité du préfet Maurice Papon, a été d’une extrême violence : des milliers de personnes ont été arrêtées, beaucoup ont été blessées et un certain nombre ont été tuées. »
Parmi les personnes présentes figurait Rahim Rezigat, 86 ans. « J’avais 21 ans, nous dit-il. À l’époque, je militais activement : j’avais été arrêté en 1958, à Saint-Étienne, et je me suis retrouvé à Paris après ma libération, en 1961. J’ai donc assisté à la répression. Mais je m’en suis heureusement sorti indemne. »
Non loin de lui, Shana, 17 ans, et Linda Ben Dahsen, 22 ans, sont venues pour en savoir plus sur ce qui s’est passé à cette époque et parce qu’elles sont convaincues que « cette histoire dit quelque chose de nos vies actuelles ». À 13h30, le documentaire Octobre à Paris, réalisé par Jacques Panijel à la suite des manifestations et censuré par l’État jusqu’en 1973, est projeté au centre culturel Jean-Houdremont. Le débat qui suit est fécond et rappelle notamment l’urgence de ne pas laisser ce pan obscur de la République tomber aux oubliettes. « Le 23 février 2005, il y a maintenant vingt et un ans, une loi a été votée par la droite qui est venue établir une interprétation officielle de la colonisation en général et de l’Algérie en particulier, déplore Olivier Le Cour Grandmaison, politologue spécialiste des questions coloniales. Cette loi a depuis contribué à propager de fausses informations sur la colonisation, non corroborées par les chercheurs, typiquement lorsqu’ Édouard Philippe prétend que la colonisation n’a pas été un crime. »
Le même chercheur étrille la position d’Emmanuel Macron : ce dernier a propagé dernièrement « la fable d’une responsabilité qui serait essentiellement celle de Maurice Papon, afin d’entretenir l’idée que la République ne saurait commettre ce type de crimes ». N’oublions pas, en effet, que Papon a agi sur ordre de ses supérieurs, qui ne l’ont pas désavoué.
Textes : Christophe Dutheil ; photos : Nazir Abiboulla
Nahela Nessaïbia, adjointe au maire déléguée à la mémoire et aux anciens combattants
« UNE MÉMOIRE VIVE »
« Le 17 octobre 1961, mon père avait 28 ans : il travaillait dans un restaurant du boulevard Saint-Michel et, alors qu’il sortait du travail, il a été blessé par un tir de la police et retenu pendant plusieurs jours au commissariat de Vincennes. Soixante-cinq ans après, cette histoire, partagée par de nombreuses familles courneuviennes, doit rester dans les mémoires collectives. La lumière doit aussi enfin être faite sur ce crime d’État, notamment à travers la poursuite de l’ouverture des archives. »