Hamouja Soukouna : « Précis et pas pressé »

Publiée le 3 nov. 2026

Hamouja Soukouna : « Précis et pas pressé »

Du bitume de La Courneuve aux parquets européens, Hamouja Soukouna, international de futsal aujourd'hui, s’est toujours relevé de ses blessures. À 25 ans, ce meneur de jeu poursuit sa carrière en Belgique, avec patience et ambition.

En cet après-midi de fin août, ses 191 centimètres ne passent pas inaperçus sur le playground du square du Moulin. D’une voix patiente et douce, Hamouja Soukouna donne des conseils aux jeunes joueurs du tournoi de foot organisé par l’association Changez nos vies. Il est le parrain de la structure et l’un des proches de son président, Halil Ibrahim. « C’est lui qui m’a filmé lorsque j’ai promis de me remettre au foot sérieusement, pour que je tienne parole », sourit-il. Rembobinage vidéo. Hamouja a 19 ans, et est à l’arrêt, un an après une grave blessure au ménisque. Jusque-là, le sportif issu du « mail » des 4 000-Sud filait droit.

Décelé très jeune par le Red Star, il fait ses armes dans plusieurs clubs franciliens : Aubervilliers, Le Bourget puis Épinay. Survient la blessure, puis une rééducation négligée. Le statut de talent gâché le guette. Poussé par sa famille et ses amis qui le piquent au vif et par Hassane Nainan, un grand du quartier, il se remet en forme et bifurque vers le futsal.

À cinq contre cinq, ce sport sur terrain indoor réduit est une discipline tactique ultra-intensive, très différente de son cousin sur pelouse. « Le futsal se joue vraiment avec la tête. Comme le périmètre est petit, on doit recevoir plus d’informations qu’au foot à onze et réagir rapidement », souligne-t-il. Sa grande taille est un profil rare pour son poste, ailier ou meneur, où il surprend par sa puissance, sa vitesse et sa finesse technique. Ce qui lui vaut d’affectueux surnoms animaliers, comme « le cheval » ou « le poulpe » pour sa capacité à lancer ses longs compas sur le ballon.

« J’ai pensé à la phrase que répétait mon père : “Dieu t’a donné un talent, fais-en bon usage.” »

Il démarre chez les pros à l’ACCS Futsal Club à Villeneuve-la-Garenne, y découvre la Ligue des champions et décroche une quatrième place européenne. À la surprise des observateurs, il refuse de monter en division 1 pour parfaire son jeu en D2 à Clichy, où il marquera 20 buts et délivrera 16 passes décisives en 20 matchs. Une performance complète qui lui vaudra sa première convocation en équipe de France des moins de 23 ans. « Ce jour-là, comme souvent, j’ai pensé à la phrase que répétait mon père : “Dieu t’a donné un talent, fais-en bon usage.” » Il s’envole alors pour Ajaccio, où il sera « révélation de l’année », puis s’engage à Nantes, où il remporte la Coupe de France et intègre l’équipe de France A.

Fidèle à son leitmotiv, « précis et pas pressé », il a choisi cet été de quitter l’Hexagone pour relever un défi international. « La patience », comme l’a baptisé son ami Ayad, a posé ses sacs à Charleroi, en Belgique, séduit par la clarté du projet et le professionnalisme d’une structure coutumière des joutes européennes. Un suivi de haut niveau avec des journées mixtant entraînements et musculation sous le contrôle de capteurs de performance. Un cadre calme où Hamouja apprécie la proximité du staff.

Une étape rêvée sur son parcours à venir ? « L’Espagne, le meilleur championnat du monde. » Sans oublier de revenir à La Courneuve, comme il le fait régulièrement, pour échanger avec les ados footballeurs.

Texte : Jean-Bernard Gallois ; photo : Nazir Abiboulla

Hamouja Soukouna