La journaliste Rokhaya Diallo a dialogué toute une matinée avec deux classes du lycée Jacques-Brel – dont elle a été élève il y a près de trente ans –, notamment sur l’antiracisme et le féminisme, ses grands combats.
Chaque année, une trentaine d’auteur·rices et artistes sont invités à retrouver les bancs des écoles, collèges et lycées qu’ils et elles ont fréquentés dans le cadre du dispositif « Un artiste à l’école ». Le 6 mai, c’était au tour de Rokhaya Diallo de revenir dans le lycée Jacques-Brel, dont elle est sortie le bac en poche en 1996 avant d’entreprendre quatre ans de droit et d’école de commerce et d’exercer les fonctions de journaliste, autrice, documentariste qu’on lui connaît : depuis février, Rokhaya Diallo anime notamment le podcast En bonne voix. La femme publique n’était pas revenue dans son ancien établissement depuis lors et c’est avec émotion qu’elle a dialogué près de deux heures avec deux classes de terminale dans l’amphithéâtre de l’établissement. Les élèves avaient préparé en classe des questions sur son parcours, ses inspirations, ses combats.
Le dialogue était très vivant, avec des échanges sur les sujets de prédilection de Rokhaya Diallo, à savoir le féminisme et l’antiracisme. Ainsi, à l’affirmation d’un lycéen que « beaucoup de garçons s’en foutent du féminisme », la journaliste a répondu que « le féminisme concerne tout le monde, quand tous les deux jours et demi une femme meurt sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint », sachant que les agressions peuvent être physiques mais aussi verbales et salariales. « Mais parfois les femmes gagnent plus que les hommes », réagit un élève. « Oui, mais à travail égal, une femme gagne moins », a renvoyé du tac au tac Rokhaya Diallo, l’invitant gentiment mais fermement à consulter les chiffres. Elle a noté ensuite que « si toutes les femmes ne se disent pas féministes, beaucoup le sont sans le savoir », ce qui la rend optimiste.
Cette rencontre a aussi permis de remettre en question certaines notions très médiatiques. Ainsi, à l’interrogation d’une élève de savoir « si le racisme antiblanc existe », la journaliste a pointé que « le racisme est né dans l’histoire pour dominer des personnes minoritaires, alors que le racisme dont les blancs seraient les victimes n’implique pas un pouvoir organisé contre eux ». Et de préciser que l’antiracisme n’est pas contre les blancs mais contre une domination, au même titre que les combats contre le validisme, l’islamophobie ou le classisme. Elle-même a souvent dû se justifier d’être française, ce dont elle a souffert. Aux demandes de conseils par plusieurs lycéennes, la journaliste a répondu en invitant à bien se renseigner d’où viennent les informations et à saisir toutes les opportunités, en identifiant des métiers encore méconnus. Journaliste ?
Texte : Nicolas Liébault ; photo : Léa Desjours