Des mots pour se dire

Publiée le 9 mars 2026

Des mots pour se dire

Apprenantes en français

Des apprenantes de français de la Maison pour tous Aoua-Keïta ont mené un puissant travail d’écriture qui leur a donné l’occasion de parler de leur histoire et de leurs sentiments.

Pas besoin d’une grande salle pour faire résonner très fort des émotions. Souvenirs d’enfance, épreuves, force des liens familiaux… Les apprenantes de français qui ont pris la parole devant des proches et des curieux·ses le 13 février, à la Maison pour tous Aoua-Keïta, ont mis beaucoup d’elles-mêmes dans leurs textes. Ce travail d’écriture s’est fait lors de plusieurs ateliers avec leur formatrice linguistique Salima Touileb et l’autrice et metteure en scène Sarah M., à partir de son spectacle joué au centre culturel Jean-Houdremont le 9 janvier, Iqtibās. Une histoire d’amour entre une femme et un homme de cultures différentes, Balkis et Abel, qu’un séisme survenu au Maroc, d’où vient Balkis, va mettre à l’épreuve. « Cette histoire, ça m’a touchée, je me suis souvenue de mon pays », raconte Sawjina, originaire du Sri Lanka. « C’était un piège : avant, on était intéressées par le spectacle et après… il fallait écrire ! » rigole Zahoua, originaire d’Algérie. « Chacune a raconté une histoire. On pouvait s’inspirer d’Abel et Balkis ou de choses personnelles. J’ai choisi le personnel, j’ai eu la même situation dans mon pays : la terre a tremblé en 2003. J’y étais… Même quand j’en parle maintenant, ça me touche. » Cette histoire de catastrophe naturelle a aussi fait écho chez Margareth, originaire d’Haïti, frappé par un cyclone alors que son mari y était : « Mon cœur était en France mais mon esprit était là-bas… »

Qu’elles aient rédigé une lettre au personnage d’Abel pour prolonger le spectacle ou écrit un peu de leur vie, les apprenantes se réjouissent d’avoir pu à chaque fois « sortir » leurs « sentiments intérieurs ». « Il y a beaucoup de choses endormies et beaucoup de choses qui se sont réveillées », confie Renoosa, originaire du Sri Lanka. Margareth compte ainsi continuer à écrire, sur elle, sur ses enfants... « Ça fait du bien de s’exprimer. » 

Texte : Olivia Moulin ; photo : Léa Desjours

Extraits d’histoires

« Tu m’as élevée sans jamais me faire sentir l’absence d’un père. Je n’ai jamais ressenti le manque de ce lien car ton amour suffisait à tout. Après ton départ, maman, je me suis sentie perdue dans ce monde sans toi. »

« Mon amour n’est pas mort. Il a fleuri, puis s’est fané, laissant mon cœur debout, tel un arbre. »

« Quand quelqu’un te fait du mal, te parle avec méchanceté ou te blesse, que ce soit émotionnellement ou physiquement, cela laisse une trace. »