Aurel Porté : « Il y a plein d’histoires humaines qui se croisent à La Courneuve »

Publiée le 24 avr. 2026

Aurel Porté : « Il y a plein d’histoires humaines qui se croisent à La Courneuve »

Installé en Seine-Saint-Denis comme habitant et comme artiste depuis huit ans, Aurel Porté porte son intérêt sur l’espace qui l’entoure et ses nombreux changements.

Aurel Porté
Texte

C’est le provisoire qui l’inspire. Les espaces urbains périphériques en transition, les friches, les végétaux indociles qui y surgissent au fil du temps… À Saint-Denis, où il vit depuis 2018, et à La Courneuve, où il travaille depuis la même année, Aurel Porté a trouvé un terrain d’observation inépuisable. « Une grande partie de mon travail est irriguée par cette proche banlieue que je fréquente au quotidien et par ce temps de transformation, de rénovation et de reconstruction qu’elle traverse »,sourit l’artiste de 34 ans depuis son atelier donnant directement sur… le chantier du futur quartier de la Mairie. Cette pièce est située à l’étage de la SCI Les Ateliers, avenue Victor-Hugo, un bâtiment où se côtoient une quarantaine de plasticien·nes, d’architectes, de designers… « J’ai connu le lieu en 2016, à l’occasion du vernissage d’une exposition, j’ai mis un pied dans la porte et j’ai obtenu une place définitive deux ans après. On ne sait pas forcément où chercher un atelier, ça passe par les contacts et le réseau. » 

À La Courneuve, il découvre avec intérêt le « millefeuille » et le « jeu de couches » constitués par la succession des époques agricole, industrielle et des grands ensembles, ainsi que par la succession des diverses vagues d’immigration. « Il y a plein d’histoires humaines qui se croisent ici, c’est très riche et très stimulant. » Et dans son œuvre, essentiellement peinte, Aurel Porté retrace donc les changements en cours dans la ville, avec des motifs tels que la signalétique de chantier, les gravats ou les poses de première pierre. « Je m’intéresse à tous les marqueurs visuels qui sont conçus au moment des travaux. » Il décide pour ce projet de travailler sur des plaques de plâtre BA13 plutôt que sur des toiles. « Le placo, c’est le matériau de prédilection quand on construit ou reconstruit un bâtiment, un outil d’habillage, ça devient le support de prédilection de ma recherche picturale. » 

Tombé dans le dessin à l’adolescence

Diplômé de la prestigieuse École nationale supérieure d’art de Paris-Cergy, Aurel Porté est tombé dans le dessin à l’adolescence. « Quand j’étais au collège, j’ai découvert les BD, notamment celles d’heroic fantasy comme Lanfeust de Troy, et les mangas, qui arrivaient en masse, et j’ai eu envie de dessiner mes propres illustrations.C’était une pratique intense mais pas encore construite comme un projet professionnel, ça l’est devenu au lycée. C’était excitant d’aller vers ça parce que c’était une chasse gardée, je ne viens pas d’un milieu artistique », raconte l’originaire du Val-d’Oise. Pour rassurer ses parents, il passe quand même un baccalauréat scientifique mais il bifurque très vite vers les arts plastiques au cours de ses études supérieures. « Un diplôme d’art, ce n’est pas quelque chose qui professionnalise, note-t-il. Ça ne mène pas à beaucoup de métiers à part être artiste. » Ça tombe bien, sa vocation ne semble pas du tout provisoire, elle. 

Texte : Olivia Moulin ; photo : Léa Desjours