Athéna David : « J’ai voulu les lycées comme des terres d'accueil »

Publiée le 8 janv. 2026

Athéna David : « J’ai voulu les lycées comme des terres d'accueil »

Athéna David

Après neuf ans de service à La Courneuve, Athéna David a pris sa retraite le jour de ses 67 ans, le 28 novembre. Sans regret mais avec une passion intacte pour son métier, son milieu professionnel et leur dimension sociale.

Elle a encore un peu la tête et le cœur auprès de ses équipes et de ses élèves. « Il y avait de l’écoute, de l’affection et du respect, des idées et des combats partagés… En neuf ans, on crée une histoire, une famille, j’ai eu droit à des pots de départ épiques ! » rigole Athéna David quelques jours après avoir pris sa retraite de l’Éducation nationale. C’est que sa fin de carrière a été intense. À la tête des lycées professionnels Denis-Papin et Arthur-Rimbaud, elle a fait monter en gamme les formations, développé l’ouverture vers l’international… Et elle s’est battue pour défendre les droits des élèves porteurs de handicap, pour renforcer l’égalité filles-garçons et pour favoriser l’intégration des élèves allophones.

Une évidence peut-être pour celle qui a fait, en Grèce où elle est née, des études de droit « dans la lignée » de son père avocat. « J’avais déjà un enfant, mais je suivais les cours par correspondance. Je me disais qu’on s’en sort dans tous les cas si on a un diplôme. » Elle se consacre d’abord à la maternité, là-bas puis en France, où son mari et elle s’installent en 1981 et ont ensuite des triplés. « J’ai toujours adoré ce pays, j’ai grandi avec l’idée que c’était vraiment une terre de liberté et d’égalité et j’étais amoureuse de la langue, j’en faisais une heure par semaine à l’école. »

« L’engagement, la solidarité, c’est important pour moi. »

En 1987, elle reprend des études, d’archéologie cette fois. « Je me suis spécialisée dans l’architecture au IVe siècle à Delphes, je suis allée jusqu’au doctorat. Ça a été fondamental, ça m’a réconciliée avec mon pays de l’étudier à l’étranger et ça m’a apporté de la rigueur, le goût du travail en équipe… » Mais pas forcément un débouché professionnel après son divorce. « Je ne voulais pas rentrer en Grèce, je suis très française malgré l’accent et je tenais à transmettre les valeurs de la France à mes enfants », lance-t-elle avec son habituel mélange de gaieté et de détermination. Alors elle passe le concours de conseiller·ère principale d’éducation (CPE) et exerce ce métier en Alsace. Pourquoi s’arrêter là ? « Je voulais des responsabilités et j’avais une idée bien précise de l’éducation. » Après six ans comme CPE, elle passe le concours de Perdir (personnel de direction) dans l’académie de Paris. « J’ai fait huit ans comme adjointe dans trois établissements, je traitais énormément de dossiers et j’avais la confiance de mes chefs, mais je voulais appliquer ma politique. » En 2010, elle demande à rejoindre l’académie de Créteil. « Je pensais que je pouvais y être utile. Mon père s’est présenté aux élections législatives de 1964 en Grèce comme candidat du centre gauche et ma mère a longtemps milité au Parti communiste de Grèce : l’engagement, la solidarité, c’est important pour moi. »

À Aubervilliers – au collège Gabriel-Péri – puis à La Courneuve, elle « exploite » donc tous les dispositifs qui existent dans l’Éducation nationale pour « résoudre des situations compliquées ». « À Denis-Papin et à Arthur-Rimbaud, beaucoup d’élèves n’ont pas de papiers, certains ont traversé le désert et la mer pour arriver à La Courneuve, certains ont subi des violences… Moi, j’ai voulu les lycées comme des terres d’accueil et j’avais autour de moi des collègues qui s’occupaient des élèves avec un investissement qui dépassait les heures de cours. L’école ne peut pas tout combler, mais ces établissements ont un vrai rôle social à jouer. » 

Texte : Olivia Moulin ; photo : Léa Desjours

Quelques dates

1958 : Naît en Grèce, à Vólos.
1981 : Arrive en France, à Strasbourg.
2002 : Réussit le concours de personnel de direction de l’Éducation nationale.
2010 : Devient la principale du collège Gabriel-Péri à Aubervilliers.
2016 : Prend la direction unique des lycées professionnels Denis-Papin et Arthur-Rimbaud.