Une décision inacceptable

Publiée le 16 oct. 2025

Une décision inacceptable

Orangina

Le jeudi 2 octobre, la direction centrale de Suntory Beverage & Food France (Orangina, Oasis, Champomy, Schweppes, Pulco…) a annoncé la fermeture du site d’embouteillement de La Courneuve. Les salarié·es sont abasourdis mais vont se battre pour leur emploi.

On se croirait dans un mauvais film. À 10h45, ce jeudi 2 octobre, cinq hommes et femmes sortent de leurs grosses voitures noires et, sans un mot, fendent la foule amassée pour entrer dans le bâtiment de la rue Émile-Zola. Ce sont les membres de la direction centrale de Suntory Beverage & Food France venus confirmer au CSE de l’usine la fer- meture du site de La Courneuve. Ayant appris cette décision le matin même, les salarié·es se sont rassemblés devant l’immeuble, entourés d’une délégation de Châteauneuf-de-Gadagne (Vaucluse), de l’Union locale CGT, des syndicat CGT des agents de la Ville et des élu·es municipaux. « Merci ! merci ! » scandent les salarié·es, qui forment une « haie d’honneur » autour de leurs patron·nes. Derrière l’ironie, c’est un choc pour un personnel informé quelques heures plus tôt du licenciement massif à venir.

Les cent cinq personnes en CDI, auxquelles s’ajoutent quelques dizaines d'emplois indirects (employé · es de ménage, gardien·nes…) , vont se retrouver sur le carreau. Sauf à accepter un reclassement partiel (cinquante-six postes) dans l’usine de Donnery (Loiret), ce sera la porte. Le personnel ne réalise pas encore le bouleversement que cette décision va impliquer pour lui. Les planètes semblaient pourtant alignées : la direction avait investi dans l’outil de production, les salarié·es recevaient une rémunération correcte, les boissons se vendaient bien malgré la perte d’un client (Pepsi Co)… Il y a deux ans l’usine participait même à la Bataille pour l’emploi, faisant miroiter une dizaine d’embauches courneuviennes. Autant de signes rassurants quant à la pérennité d’un site implanté dans le quartier de la Gare depuis cinquante-cinq ans.

Que va-t-il demeurer sur le site ? « Une dent creuse, c’est-à-dire… Rien ! » assène Youen Le Noxaïc, délégué syndical FO de l ’usine. Et tout va aller vite, très vite : dès la fin 2026, elle sera définitivement fermée, à peine le temps pour le personnel de rebondir par une formation, un déménagement, un nouvel emploi… Malgré la détresse humaine, l’appétit des actionnaires a encore dominé : « Le groupe Suntory a fait 128 millions d’euros de bénéfices en 2024. Il en veut 200 millions en 2030, alors qu’il n’a jamais été aussi riche », résume le syndicaliste. Concentrer la production sur quelques lieux va permettre d’opérer des économies sur les frais fixes, au détriment tant de l’emploi local que de la politique environnementale, puisque les camions vont devoir venir d’Orléans pour approvisionner Paris. « Nos territoires sont déjà trop en souffrance sur le front de l’emploi pour ne pas en rajouter », a déclaré Gilles Poux au nom du conseil municipal, qui a reçu une cinquantaine de salarié·es le 9 octobre. 

Texte : Nicolas Liébault ; photos : Léa Desjours

Taïeb, dans l'usine depuis 1998

Orangina
Texte

« Ne pas voir mes enfants grandir… »

« J’ai commencé sur la ligne de production et je suis actuellement sur un poste d’approvisionneur. J’ai acheté un appartement à Montreuil il y a quatre ans et je suis donc obligé d’aller jusqu’au bout. Je vais opter pour une double résidence en travaillant sur Orléans car je n’ai pas le choix. Je devrai opérer un aller et retour une fois par semaine entre Paris et là-bas, avec un petit pied-à-terre. Cela se fera au détriment de la vie familiale : je ne vais pas voir mes enfants grandir pendant quelques années. Ça me fait mal au cœur mais j’y suis contraint.»

Hakim, dans l'usine depuis 2010

Hakim
Texte

« Comment rembourser mon crédit ? »

« J’ai déménagé du sud de la France, car Orangina proposait de bons salaires en Île-de-France. Le monde du travail dehors est très dur : Panzani, par exemple, propose 500 à 600 euros de salaire de moins qu’ici. Or j’ai réussi à devenir propriétaire et quand je suis allé voir le banquier, j’ai ramené mes meilleures fiches de paie. Comment rembourser mon crédit ? Je vais bientôt avoir 50 ans et un an c’est trop court pour me retourner. On nous propose des postes à Donnery mais je ne vais pas demander à ma femme de démissionner et déraciner mes enfants de 11 et 13 ans! »