Mahsa Mirhosseini est professeure d'arts plastiques. C’est en incitant ses élèves des ateliers artistiques à libérer leur imaginaire que cette plasticienne iranienne s’épanouit à La Courneuve.
1988, Téhéran : « J’avais 6 ans, je dessinais à la maison. Malgré ma timidité, j’insistais auprès de ma mère pour participer à un atelier de dessin », raconte Mahsa Mirhosseini. Et pour cause : « Ma tante, qui avait passé quelques mois dans cet atelier, tournait parfois les pages d’un petit carnet de dessins qu’elle avait conservé de l’époque, en me racontant l’histoire de cet endroit et de la femme qui l’animait. C’était devenu pour moi un monde extraordinaire.
Je voulais le voir en vrai ! »
La maîtresse des lieux ? Une professeure d’art qui avait transformé sa maison en atelier privé : « Il a toujours existé un Iran underground. Les artistes travaillaient chez eux, en cachette. Cette femme, totalement différente de ma mère, était une artiste. Dans l’Iran d’après la révolution islamique, c’était bizarre ! Elle s’habillait différemment, acceptait garçons et filles dans son atelier, mettait de la musique, parlait d’écrivains, collectionnait de vieux objets…
Le contraste était grand avec ma famille. »
Chez les Mirhosseini, le domaine de prédilection était les sciences. Entre un petit frère devenu professeur de physique et une sœur aînée qui a étudié l’ingénierie informatique, Mahsa s’est choisi une autre destinée, même si sa maman, mathématicienne, l’aurait davantage imaginée médecin ou ingénieure : « Pour elle, le dessin restait une simple activité. Pourtant, elle s’est toujours débrouillée pour m’emmener régulièrement à l’atelier. »
Dans cette atmosphère discrète et sous l’œil attentif d’une artiste atypique, Mahsa a travaillé son dessin chaque semaine, jusqu’à l’âge de 12 ans : « Elle m’a ouvert à un monde nouveau et m’a appris la différence. Mon histoire éclaire aussi combien il est important que les parents accompagnent l’activité de leur enfant et, surtout, qu’ils n’abandonnent pas en cours de route… »
« Toujours regarder plus loin que ce qui s’impose dans le quotidien »
Après de brillantes études débutées à Téhéran et poursuivies en France – « parce que l’art c’est à Paris » –, elle décroche un doctorat en esthétique et sciences de l’art à Sorbonne Nouvelle. Puis Mahsa anime des ateliers artistiques en grande banlieue dans des structures et auprès de publics très divers, avant de poser ses cartons à dessins à La Courneuve, en octobre 2024.
« Avec les enfants, j’expérimente des techniques et des matériels. Une fois qu’ils les ont découverts, je les pousse à les utiliser comme ils le souhaitent, à leur manière… Voilà pourquoi je les encourage à toujours regarder plus loin que ce qui s’impose à eux dans le quotidien. » Une conception du cheminement créatif qu’elle illustre avec quelques vers du poème Les Pas de l’eau, du poète et peintre moderniste iranien Sohrab Sepehri : « Il faut laver nos yeux / Il faut voir d’une autre manière / Il faut plier nos parapluies / Il faut rester sous la pluie […] » Cette pédagogie autour de la pratique artistique amateure, Mahsa Mirhosseini compte la développer au sein de sa mission. Elle a acquis la certitude de faire pleinement son métier et d’apprendre de la rencontre avec les autres ici, à La Courneuve. Lorsque des enfants, parfois une fratrie, développent une vraie curiosité pour le dessin, questionnent, essayent, touchent la matière, créent des objets, elle se dit : « Oui, je peux leur apporter quelque chose ! »
Texte : Mariam Diop ; photo Léa Desjours