Le 21 septembre, ce peintre et sculpteur emblématique du mouvement de l’art modeste, qui célèbre les objets du quotidien et les arts populaires, inaugurera au square de la Paix une sculpture monumentale.
Son inspiration vient de loin. À Sète, où il est né en 1959, Hervé Di Rosa épluchait déjà les revues de BD fournies par le marchand de presse du quartier des pêcheurs italiens. « Les autres jouaient au foot et moi je dessinais ! », raconte-t-il. Après un an aux beaux-arts préparatoires de Sète, il monte à Paris pour faire les Arts déco. A l’époque, l’art contemporain est soumis à l’art conceptuel et il ne se retrouve pas dans ce genre d’expression. Le tournant est l’obtention d’une bourse à la villa Médicis à New-York. Il se souvient : « J’étais fixé sur l’Amérique underground, celle des comics et du cinéma de Scorsese. Si l’Amérique était très dure, les contre-cultures étaient d’autant plus fortes ».
Dès l’âge de 21 ans, il monte ses premières expositions. Il imagine alors un « art modeste », comme une manière de regarder les objets différemment. « Tous les jours, une chose qui était dans les marges devient centrale, par exemple le soldat en plomb qui était inutile a pris ses lettres de noblesse.
« Les idées d’Aimé Césaire peuvent nous libérer de nos chaînes. »
Ce que je cherche c’est l’impur, l’indécis », explique-t-il. Au long de son œuvre, on retrouve des personnages récurrents, comme ceux avec une grande bouche et un seul œil, qui composent ce qu’il appelle son « alphabet graphique ».
Dans les années 1980, Hervé Di Rosa croit pouvoir « y arriver tout seul ». Aussi, avec son frère Richard, ils créent leurs propres boutique et galerie, L’Art modeste, rue Beaubourg. Le but est d’atteindre les néophytes à travers des objets usuels comme des T-shirts, des jouets, des assiettes. « Mais le monde capitalistique n’était pas fait pour moi », prend-il conscience.
Et au début des années 1990, le voilà parti pour un tour du monde des pratiques picturales : au Viêtnam pour les incrustations de nacre, au Cameroun pour la sculpture sur bois, etc.
En 2000, il fonde à Sète le Musée international des Arts modestes (MIAM). « Pour le prix d’une exposition au Grand Palais, je vais créer un musée pérenne et faire venir un public qui ne fréquente jamais vos quarante centres d’art », propose-t-il à la ministre. Banco ! Depuis vingt-cinq ans, chacune de ses soixante-quinze expositions est un « pavé dans la mare ». « À l’époque, il n’y avait pas de mélange des arts et nous avons abordé des thèmes comme les armes, l’art commercial, etc. »
Son art est politique
L’œuvre inaugurée le 21 septembre à La Courneuve, Robot se libérant de ses chaînes sous l’influence des idéaux d’Aimé Césaire, est l’une des plus grosses sculptures en bronze qu’il ait fabriquées. Au Cameroun, l’artiste cherchait à rendre primitive cette image du futur que sont les robots, en bois ou en bronze. Pour lui, « les idées d’Aimé Césaire peuvent nous libérer de nos chaînes », car « on est tous un peu robotisés aujourd’hui ». Son art est politique, « faisant voir un monde merveilleux où il ne se passe pas forcément des choses formidables ».
Grâce à son élection en 2022 à l’Académie des beaux-arts, l’art modeste est reconnu comme une partie du patrimoine artistique de la France. Mais « l’académie crée aussi des programmes d’aide utiles aux jeunes artistes », se réjouit-il. Depuis quelques années, Hervé Di Rosa est enfin président de l’ADAGP, la Société des auteurs dans les arts graphiques et plastiques. « Aujourd’hui, il faut se défendre car on est attaqués de toute part. L’ADAGP contribue à la répartition des droits collectifs vers tous les artistes, même s’ils n’ont pas de visibilité. » Un artiste modeste mais engagé.
Texte : Nicolas Liébault ; photo : Victoire Di Rosa