Francisco Terra : Genre stylé

Publiée le 27 oct. 2025

Francisco Terra : Genre stylé

Le chaleureux designer d’origine brésilienne a trouvé à La Courneuve une ambiance métissée : l’ADN de sa marque Maldito. 

Il a beau habiller la reine actuelle de la pop française, Theodora, Francisco Terra nous reçoit sans chichi, en chausson dans son charmant chalet à deux pas du marché des Quatre-Routes. Ce carrefour multiculturel débordant d’énergie lui ressemble tant : « C’est un quartier très vivant, comme Barbès, où nous vivions avec mon ami, avant », souligne le créateur de mode qui a vu le jour au Brésil. « Un pays tellement grand, dit-il, que la vie de quartier y compte énormément. » Et plus encore pour préparer le carnaval qu’on décore en famille, entre ami·es ou entre voisin·es. « Mes premières références étaient très carnavalesques, mes premières créations à 7 ou 8 ans étaient d’ailleurs des déguisements », assume le directeur artistique de sa propre marque Maldito. 

« J’ai grandi dans les ateliers de couture de mes deux grands-mères. L’une, classique, fabriquait des robes quand l’autre confectionnait des pyjamas. » Le garçonnet évolue dans un monde à 99 % féminin dans l’État du Minas Gerais, une région mise en valeur dans un manga dont il est le coauteur et qui donnera naissance à sa griffe : « Maldito » est un adolescent en quête de son identité sexuelle. Cette bande dessinée s’accompagne d’illustrations en laine, d’assiettes décorées et, bien sûr, d’une série de vêtements. Un projet pluridisciplinaire mené avec son compagnon, le plasticien Nicolas Courgeon, lors de la Paris Ass Book Fair 2022, une foire artistique LGBTQIA+, drôle, chaleureuse et audacieuse. 

C’est bien à l’image des collections de Francisco Terra, qui s’est à nouveau inspiré de ce personnage pour son dernier défilé haute couture, en juillet. Des bustiers et des pantalons noirs en vinyle à tendance gothique côtoient des jeans entrelacés de fils roses, des sweats presque classiques et une robe de marié·e bouffante. « Pour mes quinze ans de carrière dans la mode, je voulais revenir à mes 15 ans… Je voulais, à la base, organiser ce défilé dans le nouveau collège Niki-de-Saint-Phalle de La Courneuve mais il n’était pas terminé. Du coup, je l’ai fait dans la Chapelle Reille du 14e arrondissement de Paris, un tiers-lieu solidaire qui abrite aussi un centre d’hébergement pour des jeunes précaires. » S’y trouve surtout la seule chapelle francilienne dédiée à Jeanne d’Arc, figure que la communauté queer revendique elle aussi, notamment parce qu’elle portait l’armure comme les hommes. 

Francisco Terra crée des vêtements unisexes non genrés, fait défiler des personnes homos ou trans sans discrimination ethnique. Une volonté politique de rompre avec la blancheur chic de la haute couture parisienne, lui dont l’atelier se situe à Saint-Denis, et qu’il aimerait d’ailleurs installer à La Courneuve. Comme il souhaiterait l’an prochain travailler avec des lycéen·nes courneuvien·nes sur l’organisation d’un défilé à partir de leurs propres créations upcyclées. Chacun·e y raconterait un épisode de sa vie, comme le fait le styliste. 

Une leçon apprise, de 2011 à 2013, aux côtés du directeur artistique de Givenchy, Riccardo Tisci, juste en sortant de l’école de mode l’Istituto Marangoni de Paris. En atterrissant en Europe, le futur designer a d’abord travaillé à l’ONU, à Genève, pour se payer ses études et son rêve : entrer dans la maison Givenchy, que vénérait sa grand-mère. Il poursuivra chez la marque Carven (qui a signé une fameuse robe, Ma Griffe, en 1951) avant de lancer sa propre maison : Neith Nyer, du nom de sa grand-mère aux origines portugaise, autrichienne et égyptienne… 

Aujourd’hui, sa marque Maldito signifie quelque chose comme « maudit, satané » en portugais… Le diable s’habillerait-il en Maldito et pas en Prada ? Une chose est sûre pour Francisco Terra : comme le chante Theodora, le paradis se trouve dans le 93 ! 

Texte : Marie Bernard ; photo : Léa Desjours ; vidéo : Isabelle Meurisse

 

Dates

2008 : arrivée en Europe.

2011 : entrée dans la maison Givenchy.

2015 : fonde le label Neith Nyer.

2022 : fonde la marque Maldito.

Francisco Terra