Lassana Konaté, du ring aux fourneaux

Publiée le 30 avr. 2026

Lassana Konaté, du ring aux fourneaux

Ancien espoir de la boxe amateur, Lassana Konaté fait une pause pour raisons de santé mais n’a jamais quitté la salle. En boxe comme en cuisine, il a trouvé sa recette : rigueur, patience et envie de réussir.

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Les sacs rendent un son sourd, la corde à sauter vibre. Dans la salle de boxe, l’air est dense, chargé d’effort et de routine. Lassana Konaté n’est pas sur le ring. À 24 ans, ce poids superléger de la vie a dû ranger ses poings au vestiaire il y a quatre mois. Le coeur a sifflé trop fort, crise cardiaque frôlée, une myocardite l’a mis au repos jusqu’en avril.

Près des cordes, il observe une jeune boxeuse en plein assaut. Il ajuste sa garde, corrige un mouvement de pied, donne de la voix. Pour Lassana, la salle, c’est chez lui. Il vient pour dire bonjour, faire un cours, transmettre le feu. Le combat continue, autrement.

Ahmed Kerrar veille au milieu de la salle ornée de photos de grands boxeurs et de souvenirs en tous genres. C’est le directeur artistique de cette chorégraphie de sueur depuis trente ans. « Tonton » pour les intimes, le fondateur du Ring courneuvien « est un mentor dur et juste », dit Lassana. Avec sa mère et sa grand-mère, ce sont eux qui l’ont façonné comme on réduit une sauce, avec patience et exigence. « Quand la corde à sauter chante, tu sais que t’es dedans », glisse le jeune homme, qui se rappelle son premier jour à la salle. Il a 14 ans et sa mère l’adresse à Ahmed pour le sortir de sa timidité. À l’époque, l’équation est binaire : pas de bonnes notes, pas de combat. Il grimpe les échelons, du premier combat victorieux en 2017 jusqu’aux demi-finales des championnats de France. En 2021, il se frotte au gratin tricolore lors de stages avec l’équipe de France… Mais Lassana n’a jamais mis tous ses oeufs dans le même panier. Parallèlement aux rings, il y a les fourneaux. Le « noble art » rejoint les « arts culinaires ». Il a grandi entre le mafé et les gratins dauphinois maternels, apprenant que chaque ingrédient, comme chaque coup, doit tomber au bon moment. 

 

« Quand je veux quelque chose, je vais l’imaginer. »

Passé par l’hôtel Molitor durant deux ans, il est aujourd’hui en deuxième année de BTS cuisine, en apprentissage à l’Hôtel du Collectionneur au « garde-manger », entrées, amuse-bouche et desserts. Lassana sait que sa force vient de la rigueur héritée du Ring, d’Ahmed, de sa mère et des chefs du Molitor. « Je suis conscient que je suis plus fort que des commis et des demi-chefs de partie avec plus d’expérience », lâche-t-il, sans fanfaronner. Juste comme un boxeur sûr de son uppercut.

La maladie a stoppé les combats, pas l’élan. Six mois de traitement, apprendre à ralentir sans renoncer. « Il faut accepter ce qui t’arrive », lui a dit Ahmed. Lassana encaisse, il reviendra. Sur le ring et ailleurs. Son esprit cavale déjà à l’étranger. Avec la boxe, il a vu la Pologne et sillonné la France. Avec son diplôme, il rêve de l’Australie, le pays de sa cheffe à l’Hôtel du Collectionneur. « Quand je veux quelque chose, je vais l’imaginer », affirme-t-il, l’oeil fixé sur la ligne d’horizon. De sa bibliothèque familiale, il ressort deux livres qui lui correspondent, Les Impatientes, de Djaïli Amadou Amal, et Invincible, un comics de superhéros, ainsi qu’une formule : « Résister, avancer et se relever. »

 

Texte : Jean-Bernard Gallois ; photo : Silina Syan