Nadia Mohammedi - « Mon engagement associatif est 100 % lié à La Courneuve »

Nadia Mohammedi - « Mon engagement associatif est 100 % lié à La Courneuve »

Nadia Mohammedi

Dix ans après son installation, Nadia Mohammedi s’est fait une place dans le paysage citoyen de la ville. Couturière de passion et de formation, elle cherche à travers ses cours à partager son savoir-faire et à sensibiliser les habitant-e-s à la protection de l’environnement.

Entre ses mains, l’ancien débarras au premier étage de l’Espace jeunesse Guy-Môquet s’est paré de couleurs douces et d’objets de décoration pour se transformer en cocon. Un cocon où elle a installé son association T' Couture & Compagnie, et où elle propose, chaque mercredi depuis le mois d’octobre, un nouvel atelier. «bvCe n’est pas que de la couture, ça doit aussi être un moment de convivialité. Il y a toujours du thé, forcément, du café et des échanges ! Au début, mes élèves ne se connaissaient pas, maintenant, elles sont contentes de se retrouver et pressées de se revoir la semaine d’après. Quand je vois ça, je suis aux anges. » La couture ? Elle fait partie de sa vie « depuis toujours ». Enfant, elle confectionne des tenues de soirée à ses Barbie avec des chutes de tissu rapportées par son père tapissier. « Je demandais à ma mère une aiguille et du fil et je cousais les robes à même le corps des poupées, je ne pouvais pas les enlever sans tout déchirer ! » Jouer avec les matières, dessiner des modèles... Elle conforte sa passion à l’adolescence, mais ne songe pas à en faire son métier. C’est lors d’un entretien avec sa conseillère d’orientation en 3e qu’elle découvre l’existence d’un BEP-CAP industrie de l’habillement dans un lycée de Montreuil, la ville où elle est scolarisée. « Une révélation ! À l’époque, c’était encore un peu la honte de choisir une voie professionnelle, je n’y aurais pas du tout pensé toute seule. Je suis rentrée chez moi tout heureuse et j’ai dit à mes parents que je voulais faire cette formation.

"Le plus important pour moi, c’est que mes élèves gagnent de la confiance en elles-mêmes."

Le BEP et le bac pro en poche, elle opte pour un BTS modélisme chaussures et fait un stage « magique » chez Yves Saint Laurent, son idole. « Je n’arrêtais pas de me demander quand j’allais le croiser et, un jour, en allant déjeuner à la cantine, je suis tombée sur lui dans l’ascenseur. J’étais tétanisée, je n’ai même pas pu lui dire bonjour ! » Après ses études, elle travaille comme professeure d’industrie de l’habillement pendant deux ans avant de cesser son activité pour s’occuper de ses enfants. Sans jamais arrêter la couture. « Je faisais les pyjamas et les vêtements d’été de mes enfants, je me suis vraiment éclatée à confectionner des robes pour ma fille. En revanche, le fait de transmettre me manquait beaucoup. » Alors, quand l’ancienne référente famille de la Maison pour tous Youri-Gagarine évoque l’intérêt des adhérentes pour la couture, elle se replonge dans ses manuels pour proposer des cours adultes. « Avec les mamans, il faut aller dans le vif du sujet et sortir vite un vêtement, s’amuse- t-elle. Le plus important pour moi, c’est que mes élèves gagnent de la confiance en elles-mêmes, en faisant quelque chose du début à la fin. Et ça fonctionne ! » Portée par les demandes, elle lance ensuite des ateliers au centre social Couleurs du monde puis à l’Espace jeunesse, cette fois dans le cadre de l’association qu’elle a créée pour avoir ses propres locaux et proposer ses propres créneaux. « Je passe énormément de temps à Guy-Môquet, rigole Nadia Mohammedi. Je suis aussi secrétaire du club de taekwondo. » Un club fréquenté par trois de ses quatre enfants et « une famille », qu’elle ne compte pas lâcher de sitôt.

« Mon engagement associatif est 100 % lié à La Courneuve. Avant, quand j’habitais à Noisy-le-Grand et à Neuilly-sur-Marne, je ne me voyais pas du tout dans une association, je ne pensais même pas qu’une ville pouvait vivre en dehors des maisons ! » Et pour faire vivre encore plus La Courneuve, la fraîchement mise à l’honneur par la municipalité déborde d’envies et de projets, autour de la récup’ et de la lutte contre le gaspillage notamment. « Sauvegarder la planète, ça commence à me trotter vraiment dans la tête. J’essaie de limiter les déchets et je voudrais développer ça dans la ville, avec des sacs à pain réutilisables par exemple. Si on éduque nos jeunes maintenant, ce sera naturel pour eux. » Entre ses mains, de belles choses utiles pour soi et pour la planète se préparent.

Texte : Olivia Moulin ; photo : Léa Desjours