Au front dès le premier jour

Au front dès le premier jour

Secourisme

Depuis le début de la crise sanitaire, les bénévoles de la Fédération française de sauvetage et de secourisme (FFSS) se relaient sept jours sur sept, de 8h à minuit, pour intervenir auprès des malades quand le Samu ne peut répondre à la demande.

Chaque soir depuis le début de la crise sanitaire, les personnels soignants sont applaudis. Mais quelle aurait été l’ampleur de la crise sans les secouristes, ces bénévoles qui font don de leur temps et exposent leur vie sans la moindre gratification financière ? A La Courneuve, le gymnase El-Ouafi que la municipalité a mis à sa disposition sert de base à la Fédération française de sauvetage et de secourisme (FFSS). Son équipe est composée d’une quarantaine de jeunes gens de moins de trente ans, étudiant-e-s, salarié-e-s en chômage partiel ou en télétravail. Depuis six semaines, ils et elles sillonnent la Seine-Saint-Denis à bord de leurs véhicules d’intervention pour prêter main forte au Samu. Ils sont envoyés en première ligne, les renforts médicalisés arrivent plus tard.

Ce jeudi 23 avril, l’équipe d’intervention est composée d’Ismaël (voir ci-dessous), de Loïc, étudiant en service civique depuis le 20 février et de Camille, cheffe d’équipe qui opère depuis deux ans au sein de la FFSS. T-Preacher (surnom tipi), depuis cinq ans à l’association, chef d’équipe et formateur aux premiers secours (FPS/FPSC), assure la logistique. C’est lui qui ouvre et ferme le gymnase, parfois à minuit ou à 2h du matin, gère les repas, nettoie les locaux, désinfecte l’uniforme de ses camarades, leur apporte tout ce dont ils ont besoin et coupe même les cheveux - « ce n’est pas le confinement qui pourrait me faire mal, mais le fait de ne pas agir, aider… », affirme-t-il. 

 

« La gratitude vient de ceux qu’on aide »

 

A 8 heures, Loïc, Camille et Ismaël se présentent au Samu de l’hôpital Avicenne où se retrouve l’ensemble des associations agréées de sécurité civile après avoir décontaminé leur véhicule. « Les trois premières semaines, nous n’avons travaillé que pour le Covid, jusqu’à onze interventions en une journée, 150 en trois semaines », explique Camille.

A 12h40, départ toutes sirènes hurlantes pour Gagny. Vingt minutes plus tard, l’ambulance s’arrête dans une rue pavillonnaire. Loïc et Camille enfilent blouse, charlotte, gants, lunettes, masque, prennent le kit de secours tandis qu’Ismaël, qui a la compétence de conducteur, reste dans le véhicule. La jeune femme qui les accueille se plaint de toux, d’essoufflement, de perte de goût et de diarrhées. Camille la questionne, Loïc prend sa tension, vérifie son taux d’oxygène. Les résultats sont excellents. Petit-à-petit, la jeune femme se livre, reconnaît que c’est très dur mentalement. Elle est en pleine crise d’angoisse. Camille la rassure, l’invite à appeler son médecin traitant.

A peine de retour au véhicule, un appel du 15 les redirige sur Bondy. Un jeune homme est alité depuis trois mois avec une douleur intense à la jambe. Loïc prend un sac avec attelles, Camille un défibrillateur. Au cas où. Après un coup de fil au médecin régulateur, ils l’emmènent à l’hôpital Jean-Verdier. « La gratitude vient de ceux qu’on aide, ça fait chaud au coeur », souligne Loïc.

Le retour au gymnase se fera vers 16 h30. Chacun passera par la tente dressée à l’entrée, qui sert de sas de désinfection, et retirera les habits du jour avant de passer à la douche et rentrer à la maison. « Les hospitalisations de victimes dues à la pandémie reculent, c’est une très bonne chose, précise Philippe Schmitt, le président régional de la FFSS. Mais l’activité des bénévoles de la FFSS ne baissera pas d’intensité pour autant. Nous allons être sollicités pour faire des missions en Ehpad pour soulager les soignants qui sont en sous-effectif… »

 

Témoignage

Ismaël, 29 ans, chef d’équipe à la FFSS

« J’habite au mail. L’année du bac - j’étais au lycée professionnel Denis Papin -, j’ai rencontré Philippe Schmidt, le directeur régional de la FFSS et Claude Verdier, le directeur du service des sports de la Ville de La Courneuve. Ils lançaient une formation s’adressant à des jeunes Courneuvien-ne-s pour surveiller les bassins de baignade. J’ai passé mon brevet et j’ai ensuite travaillé comme référent des surveillants de baignade à Paris et à La Courneuve pendant deux ans. Puis j’ai passé un diplôme de sauveteur en mer et j’ai intégré l’INSEP. Là, j’ai fait passer les tests de natation aux candidats de l’émission de téléréalité Koh-Lanta. J’ai arrêté l’INSEP pour suivre la formation qui me permettra de passer mon diplôme de brevet de maître-nageur. C’est un autre Courneuvien qui se retrouve sur mon poste… Comme dirait Lavoisier, ‘Rien ne se perd, tout se transforme’. Depuis le début de la crise sanitaire, nous avons été confrontés à des situations très dures. Je pense à ce monsieur de 85 ans en très grand stress qui ne se laissait pas faire. Il avait arraché son masque, avait fait pipi sur lui et sa tension était montée à 20,85. Nous avons baissé la lumière, il a fallu trouver les mots pour l’apaiser durant les vingt minutes qu’a duré l’attente avant l’arrivée du médecin. Il y a eu aussi un arrêt cardiaque à 8 heures du matin, une dame qui s’est tranché le doigt, une autre qui a fait une fausse couche…  Je remercie ma mère car elle est là tous les soirs à m'attendre et tous les matins à me bénir avant de partir, et aussi tous les gens de La Courneuve qui restent confinés malgré des moments difficiles, contrairement à ce qu’on peut entendre à la télé… »

Textes : Joëlle Cuvilliez : photos : Léa Desjours

 

 

Spécialité aquatique

La Fédération française de sauvetage et de secourisme (FFSS) travaille sous la tutelle du ministère de l’Intérieur et du ministère chargé des Sports. Elle compte 63 000 licenciés. Ses équipes assurent des missions de sécurité civile, d’assistance et de secours aux personnes sur terre (lors d’événements culturels ou sportifs) et de sauvetage en mer, en piscine ou sur les plans d’eau. Elle propose des formations de secourisme et dans le domaine du sauvetage aquatique. A La Courneuve, la FFSS organise des maraudes depuis trois ans, du 15 novembre au 15 mars, dans le cadre du plan « grand froid », forme les agents polyvalents aux gestes de base pour La Courneuve plage et, toute l’année, des surveillants de baignade et des maîtres-nageurs.